‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 82 sur 239 · LE RADICALISME DE RICARDO · texte numérisé non relu

LE RADICALISME DE RICARDO

disciple politique de Bentham; s'il entre au Parlement, il n'y siégera ni comme whig ni comme tory, et, sans aller aussi loin que Bentham, il a été convaincu par lui qu'il était nécessaire de confier le contrôle du gouvernement à la seule classe dont les intérêts privés ne soient pas opposés à la bonne gestion des affaires publiques, c'est-à-dire à la classe populaire *^. En 1819, dans le discours même où il déclare qu'il se contenterait d'un suffrage « beaucoup moins qu'universel », à une époque où l'impopularité du radicalisme est à son comble, où se multiplient les procès de presse et les condamnations pour délits d'opinion, il ose défendre l'honorabilité des avocats du radicalisme intransigeant** ; une autre fois, il nie que des corps électoraux nombreux doivent nécessairement élire des démagogues, et, lorsqu'il cite à ce propos l'opinion de Montesquieu sur ce qui se passait ù Athènes et à Rome, c'est à l'opuscule de Bentham qu'il emprunte Tidée et la citation*^. Enfin il est un point du programme politique de Bentham sur lequel son orthodoxie est absolue; dans l'introduction du scrutin secret il aperçoit une « meilleure garantie d'une représentation complète et loyale du peuple que dans n'importe quelle extension de la franchise électorale » **. Car voilà peut-être pour les Benthamites le point capital. James Mill, disciple de Bentham et conseiller de Ricardo, George Grole, disciple de James Mill, insistent, de leur côté, sur rimportance singulière de cette partie de l'a doctrine radicale. L'un par un article du « Supplément de l'En-

cyclopédie Britannique » et par un article de la « Revue de Westminster », Tautre, par deux courts opuscules, contribuent à fixer la doctrine politique du groupe auquel ils appartiennent, sous une forme à la fois plus limitée et plus populaire que ne voulait faire leur mattre commun. Voici dans quelles circonstances.

En décembre 1818, dans la « Revue d'Édimboui^ », Mackintosh avait soumis à une discussion sévère le cPlan de Réforme Parlementaire ». H avait critiqué la doctrine du scrutin secret. Le secret, à l'en croire, serait fictif ; l'exercice du droit de vote perdrait son attrait en devenant secret ; la publicité des votes e^t nécessaire pour donner en Angleterre à l'exercice du droit de sufiDrage sa véritable valeur éducative ; les tumultes qui r^nent autour des hustings entretiennent dans les partis le goût de la vie publique. Mackintosh avait discuté le principe des élections à court terme, opposant à l'opinion présente de Bentham l'opinion contraire autrefois exprimée par lui-même en matière d'organisation judiciaire ". Il avait critiqué le recours trop fréquent aux exemples soi-disant fournis par les États-Unis d'Amérique, où en réalité le suffrage universel n'est pas la règle mais l'exception, puisque sur dix-neuf États douze y pratiquent l'esclavage, où il y a peu de grandes villes, où une nouvelle aristocratie de richesse se développe dans les États du Sud, où le secret du vole est souvent rendu illusoire par les manipulations des caiictis. Enfin il avait opposé à la doctrine du suffrage universel la doctrine du suffrage varié, à la doctrine de la repré-

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