OBJECTIONS DE MACKINTOSH
sentation personnelle la doctrine de la représentation des classes, par une sorte d'application renversée du principe benthamique de « compréhension de tous les intérêts ». Car Mackintosh est d'accord avec Bentham sur les principes : « la seule question entre nous et Mr. Bentham est, dit-il, de savoir si les intérêts seront mieux protégés quand les représentants seront choisis par tous les hommes ou quand ils seront élus seulement par des portions considérables de toutes les classes » ; et Mackintosh opte pour la seconde alternative. Car, ou bien un suffrage uniforme ne serait pas universel : il refuserait alors toute représentation à des dasses entières de la société. Ou bien il serait universel, et aboutirait à l'oppression des minorités par les majorités: qu*adviendrait-il, en Irlande, des protestants? en Angleterre, des habitants des campagnes, dont les représentants seraient annihilés au Parlement par les reiH*ésentants des grandes villes ? Le plus favorable de tous les systèmes électoraux, c'est, selon Mackintosh, le système anglais de la représentation à la fois « virtuelle» et € variée », où tous les individus ne votent pas, mais où toutes les classes sont représentées, les ▼illes en tant que villes, les campagnes en tant que campagnes, les universités en tant qu'universités, où, dans les villes, c'est une portion ici plus restreinte, là plus étendue, de la population, et quelquefois la population tout entière, qui est pourvue du droit de suffrage. Mackintosh reprend, au nom du libéralisme, la défense du gouvernement complexe ou varié contre le gouver-
nement simple. « Les fondateurs d'une république neuve doivent, nous l'admettons, agir d'après quelque principe uniforme. Mais il arrive rarement qu'un architecte puisse imiter avec bonheur les irrégularités, fantasques mais pittoresques et confortables, d'une antique demeure, réparée, agrandie, remaniée, dans le cours des âges, au gré des divers propriétaires. »
L'article Governmenty publié en 1820 par James Mi 11 dans le « Supplément de l'Encyclopédie Britannique » doit être considéré comme la réponse des Benthamites aux objections de Mackintosh : article remarquable par la vigueur du raisonnement, par la clarté de l'exposition, mais aussi par le caractère opportuniste de la doctrine politique qui y est défendue.
James Mill, depuis le moment où il s'est converti au Benthamisme, a toujours repoussé, pour des raisons démonstratives, la théorie whig de la balance des pouvoirs; dès 1809, il renvoyait aux « Traités de Législation » ceux qui prennent au sérieux « cette théorie au fond si vague et si inexacte, que quelques-unes des erreurs les plus enracinées, et des méprises les plus graves en politique, en sont issues » -°. Ou bien les pouvoirs supposés en équilibre sont au nombre de deux : leur égalité réciproque ne saurait donc être que temporaire et précaire. Ou bien ils sont trois : il arrivera donc, nécessairement, que deux pouvoirs se coaliseront contre le troisième, et, nécessairement encore, que, dans une constitution mixte, l'élément monarchique et l'élément aristocratique se coaliseront contre