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LE RADICALISME DE JAMES MILL

l'élément démocratique^*. D'ailleurs, si James Mill fait profession de benthamisme, n'est-il pas aussi un admirateur de Hobbes, chez lequel il apprécie, dans un temps où la philosophie de Hobbes est tombée en discrédit, le tour logique de la pensée? Or, Hobbes n'est-il pas un théoricien du gouvernement absolu? Il a encore subi l'influence des physiocrates, et il exprime le regret que Quesnay et ses disciples, connus exclusivement en Angleterre par la partie économique de leur doctrine, ne soient pas également estimés pour les progrès qu'ils ont fait accomplir à la < science de la politique » : car ils ont eu le mérite d'établir définitivement « que les pouvoirs législatif et exécutif sont essentiellement identiques, et ne peuvent être séparés si ce n'est en apparence », et que « l'on ne peut trouver une garantie de bon gouvernement dans une organisation de contreforces, ou dans un équilibre constitutionnel ». Le seul tort des physiocrates est d'avoir oublié l'existence du gouvernement démocratique, et d'avoir vu dans la monarchie absolue la seule forme concevable d'un gouvernement sans « contreforces » ^*. Un article de revue publié par James Mill en 1836, peu de temps avant sa mort, est encore plus net. Mécontent de voir la Chambre des Lords opposer de perpétuelles entraves aux volontés réformatrices de la Chambre des Communes, James Mill essaie maintenant de séparer les intérêts de la monarchie d'avec ceux de l'aristocratie. Seuls, « des politiciens très superficiels », de « grands ennemis de la monarchie », cherchent à les confondre. Hobbes et

les Économistes ont eu raison de dire que « Tintérêt du monarque et l'intérêt du peuple sont non pas opposés mais identiques ». James Mill conclut : c Un premier magistrat est nécessaire; c'est un point fixe et indiscuté. La nécessité de l'unité en matière administrative, l'utilité d'une responsabilité concentrée, et bien d'autres considérations, semblent faire pencher la balance en faveur de l'individualité du premier magistrat. Il doit être un, et non pas deux ou plusieurs ^^ » La thèse benthamique du magistrat et du fonctionnaire unique sert, sous la plume de l'écrivain radical, à justifier l'autorité monarchique, à condition qu'elle s'affranchisse de sa tutelle aristocratique pour s'identifier aux intérêts populaires.

Mais l'article de 1820 est un article anonyme; le recueil où il est inséré n'est pas une publication benthamique. James Mill est tenu vis-à-vis de l'éditeur qui l'imprime, vis-à-vis du public auquel il s'adresse, à des ménagements ^*. Il ne donne son adhésion explicite ni au principe de l'utilité ^^, ni à l'idée démocratique^^. U accepte l'existence d'une monarchie et d'une aristocratie, et, s'il demande Tinstitution d'une assemblée représentative qui représente exactement la totalité des sujets, c'est seulement en vue de tenir en respect le pouvoir monarchique et le pouvoir aristocratique. C'est, dit-il, se mettre passablement d'accord avec les opinions qui sont en cours et à la mode, de dire que l'excellence d'un gouvernement dépend de la bonne constitution des « contreforces » et des « freins »

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