‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 85 sur 239 · L « ESSAY ON GOVERNMENT · texte numérisé non relu

L « ESSAY ON GOVERNMENT

constitutionnels ; et il ajoute : « A cette proposition nous adhérons sans réserve » . Mais ce que James Mill appelle the doctrine of checks^ qu'est-ce, sinon la doctrine de la balance des pouvoirs, à l'instant condamnée par lui-même? Ces established and fashionable opinions auxquelles il adhère, que sont-elles, sinon ces mêmes préjugés du libéralisme whig, critiqués par Bentham et par lui-même? Assurément la phrase est ironique; il n'en est pas moins vrai que dans les écrits de propagande de James Mill la thèse radicale, sous l'empire de ce qu'on peut appeler la logique des partis, tend à se rapprocher de la thèse libérale".

Burke, en 1784, objectait aux partisans du suffrage universel qu'il était illogique de leur part de laisser subsister, en face de l'assemblée élue, une monarchie et une aristocratie héréditaires. Bentham répond à Tobjection en supprimant, dans sa constitution, la monarchie et l'aristocratie. Mais James Mill, plus mêlé que Bentham à la vie active du parti radical, et obligé de tenir compte des nécessités d'existence de la faction, se dérobe par un détour. iSt vraiment ^ nous dit-il, la meilleure manière de disposer des pouvoirs administratifs du gouvernement est de les confier aux mains d'un grand fonctionnaire non électif mais héréditaire, alors une monarchie telle que la monarchie anglaise est une branche indispensable d'un bon gouvernement. Supposez que, pour accomplir avec perfection la besogne l^islative et veiller à l'exécution des lois, une seconde assemblée délibérative soit nécessaire ; supposez encore

gu'une assemblée telle que la Chambre des Lords britannique, composée de grands propriétaires fonciers et de grands dignitaires, soit la mieux adaptée à jouei^ le rôle d'une Chambre haute, alors une assemblée représentative, dont les intérêts seraient identiques à ceux delà nation, devrait établir une Chambre de Lords ainsi constituée, s'il n'en existait pas encore une. En conséquence, ceux qui prétendent qu'une assemblée vraiment représentative de la nation détruirait la monarchie et la Chambre des Lords, et sont, pour cette raison, hostiles à l'extension du droit de vote, se contredisent. « Ils soutiennent qu'un roi et une Chambre des JiOrds, constituée comme la nôtre, sont des éléments importants et nécessaires d'un bon gouvernement. Or, il est possible de démontrer avec certitude qu'un corps représentatif dont les intérêts seraient identifiés à ceux de la nation n'aurait pas de motif pour les abolir, si ces institutions n'étaient pas des causes de mauvais gouvernement. Donc, les personnes qui affirment que certainement il les abolira, affirment par là même que les institutions en question sont des causes de mauvais gouvernement, loin d'être les conditions nécessaires d'un bon gouvernement. » Argument d'avocat plutôt que de philosophe : cependant il fait fortune. George Groto le fait sien, en 1822, dans le Morning Chronicle; Ricardo, en 1823, dans un discours parlementaire; enfin Macaulay, l'orateur whig par excellence, trois ans après avoir choisi l'essai « sur le gouvernement » pour en faire l'objet des plus âpres critiques, va conférer à l'argu-

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