‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 88 sur 239 · LA REPRÉSENTATION PERSONNELLE · texte numérisé non relu

LA REPRÉSENTATION PERSONNELLE

dérer les individus comme producteurs ou comme consommateurs. Les intérêts de toutes les classes de producteurs entrent perpétuellement en conflit : chaque producteur cherche à obtenir la plus grande quantité possible du produit du travail d'autrui contre la plus petite quantité du produit de son propre travail. Au contraire les intérêts de tous les individus, envisagés comme consommateurs et non plus comme producteurs, sont identiques : chaque individu, pris isolément, trouve son intérêt à ce que tous les objets de consommation, sans exception, se vendent au plus bas pris possible. D'ailleurs, en dépit de la diversité des intérêts, certaines coalitions restent possibles entre les dififerentes classes de producteurs : l'ancien système de protectionnisme industriel est issu d'une coalition de ce genre ; mais de telles coalitions sont toujours, j)ar essence, des coalitions aristocratiques, favorisant des intérêts particuliers et « sinistres » aux dépens de l'intérêt général. Le même principe trouve son application en matière de droit électoral. Accorder le droit de vote à des classes, professionnellement distinctes, de citoyens, c'est vouloir envisage^r les individus sous l'angle où leurs intérêts apparaissent comme contradictoires, et non comme identiques. Le principe de la division du travail crée des aptitudes différenciées, distribue les hommes en classes hostiles ; mais, tandis que tous les hommes en tant que producteurs deviennent différents, tous les hommes en tant que consommateurs continuent à se ressembler, gardent des intérêts

identiques, restent égaux entre eux. Une nation, une société, ne devra pas être considérée comme une oi^nisation de professions syndiquées, mais comme une collection de consommateurs individuels : et voîlà comment, pour de tout autres raisons que celles qui avaient jadis été proposées par les théoriciens du droit naturel, Tindividualisme est le vrai, en économie politique et en politique.

A côté de James Mill et sur ses instances, Grote fait campagne pour la même doctrine. En 1821, dans une brochure sur la « Réforme Parlementaire » ^y il réfute l'article de Mackintosh. Dix ans plus tard, au moment où la bataille de la Réforme électorale s'engage, il définit, dans une autre brochure, sur les « Éléments essentiels de la réforme politique » *', le programme minimum du parti radical. Il repousse toute limitation du droit de suffrage fondée sur la considération de richesse : les gros propriétaires ne sont pas les seul^ s propriétaires, et les riches ne sont pas plus intéressé^— s

que les pauvres à la défense de l'ordre social. Il critiqu e

ridée d'une « représentation des classes ». Tout crn^e qu'une classe peut faire, c'est de se coaliser av^^^ d'autres classes, et de sacrifier ses intérêts particulières, dans ce qu'ils ont de contradictoire avec les intérè'Cs particuliers des autres classes, à la défense des intérfe-lrs particuliers qui leur sont communs. Il attaque cïe nouveau en 1831, et avec plus de précision peut-êtriô que n'avait fait James Mill, le système de la « Revw^ d'Edimbourg », suivant lequel il faut « diviser le peuple

Page 1