‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 89 sur 239 · GEORGE GROTE · texte numérisé non relu

GEORGE GROTE

en classes, et examiner la variété des intérêts locaux et professionnels doni Vintérêt général est composé > ; et il poursnit : c L'intérêt d'un individu pris isolément, Fintérèt du même individu, en tant qu'il est associé à un groupe déterminé de ses concitoyens, son intérêt enfin, dans la mesure où il est associé au corps entier de ses concitoyens, voilà autant d'objets distincts, qui répugnent les uns aux autres, qui ne peuvent être conciliés, et ne coïncident en effet que par accident... Des individus composent la classe, mais l'intérêt de la classe n'est pas la somme des intérêts séparés de tous ses membres ; des classes composent la collectivité, mais l'intérêt de la collectivité n'est pas la somme des intérêts séparés de toutes les classes ; et un gouvernement qui se propose pour fin l'intérêt universel doit s'affranchir de toute partialité à l'égard de l'intérêt séparé d'une classe quelconque » ^.

Mais il est une réforme sur l'importance extrême de laquelle George Grote insiste : et c'est l'introduction du scrutin secret, du baUot. Grote pense que toute argumentation numérique du corps électoral sera Taine si d'abord le suffrage de chaque électeur n'est pas émancipé et tiré de tutelle : or, la chose est s^ilement possible par l'adoption d'un système propre k assurer le secret du vote. Au nom des c Avocats de la Réforme », il déclare que ceux-ci n'insistent pas sur la nécessité absolue de rendre le suCTrage universel : c'est le scrutin secret qu'ils tiennent pour une nécessité c vitale ». Il proteste contre l'association établie

par Mackintosh entre Téducation de l'esprit politique et les tumultes des élections. Il reprend la même thèse en 1831, et aime mieux cinq cent mille électeurs, avec le scrutin secret, que deux millions sans le scrutin secret®'. Ceux qui voudraient se convaincre de l'excellence de ce procédé sont renvoyés par lui à James Mill, qui sans doute inspira ses observations de 1821, et qui vient de traiter en détail la question du ballot dans la « Revue de Westminster » '^^.

Le trait caractéristique de l'article, c'est l'effort fait par James Mill pour montrer dans le scrutin secret un artifice mécanique, capable de produire infailliblement l'identité des intérêts des gouvernants et des gouvernés : on reconnaît la tradition d'Helvétius et de Bentham. Le procédé, sans doute, ne réussit pas dans tous les cas; mais, lorsqu'il ne réussit pas, on peut encore expliquer scientifiquement pourquoi''*. Il est des circonstances où, si les électeurs étaient libres de toute influence extérieure, ils voleraient bien ; il en est d'autres ou l'absence d'influence extérieure les déterminerait, au contraire, à mal voter. Le premier cas se produit lorsque l'intérêt du votant l'incline à bien voter, mais où d'autres individus créeront vraisemblablement en lui un intérêt l'inclinant à voter mai : alors il faut établir le scrutin secret. Le second cas se produit lorsque, l'intérêt du votant le portant à mal voter, l'opinion publique agira sur lui comme une invitation à bien agir : alors le scrutin public garde ses avantages. Il est nécessaire, par exemple, que

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