‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 90 sur 239 · LE SCRUTIN SECRET · texte numérisé non relu

LE SCRUTIN SECRET

le vole des représentants parlementaires soit public; mais, par une application inverse des mêmes raisons, il est nécessaire que le vote des électeurs qui nomment les membres du Parlement soit secret. Sous le régime du scrutin public les élections coûtent cher au candidat, elles corrompent l'électeur. Conservez les mêmes électeurs. Distribuez-les de la même manière en circonscriptions. Ne changez pas même la durée des Parlements. Mais établissez le scrutin secret : le ballot exerce une action c si puissante et si bienfaisante > que les vices du régime électoral existant seraient, par le fait de son institution, beaucoup moins sévèrement ressentis. Reprochera-t-on à l'argumentation de James Mill d'être trop abstraite et de consister tout entière en un raisonnement a priori ? James Mill écarte l'objection, bonne pour des sots : c'est la prétention des Benthamites d'ériger la politique en science exacte ''^. Reprochera-t-on au scrutin secret d'être contraire aux traditions nationales, c de n'être pas anglais » ? C'est un de ces « sophismes politiques » déjà réfutés par Bentham ; c'est un procédé trop commode pour se dispenser de critiquer les abus dont on se trouve entouré. C'est cependant la plus redoutable peut-être des objections auxquelles le nouveau système vient se heurter; le principe du scrutin secret, malgré les efforts réitérés de Grote et de bien d'autres, rencontrera pendant de longues années encore la résistance obstinée, non seulement de l'aristocratie, intéressée au maintien de l'institution, mais encore de l'opinion tout entière,

favorable au tapage amusant des hustings et des votes à ciel ouvert, processioiuiels et tumultueux. James Mill avait agi en politique prudent lorsqu'il avait omis de traiter la question du scrutin secret dans son article de 4820; et grâce à cette omission, grâce à bien d'autres artifices d'exposition, son étude, réimprimée en 1828'^, devient un livre classique par l'intermédiaire duquel les idées de Bentham, débarrassées d'une terminologie difficile et de digressions fatigantes, se font accessibles au public. Macaulay en fait l'objet de l'attaque qu'il dirige, en 1829, contre le pédantisme logique de la secte utilitaire, lorsqu'il se charge de venger la « Revue d'Edimbourg » des attaques de la « Revue de Westminster ». Trois ans plus tard est votée la grande loi réformatrice qui, par l'agrandissement du corps électoral, par la distribution plus équitable des sièges, consomme, pour l'Angleterre, la fin du régime de la Sainte-Alliance. Les radicaux philosophiques jouent, en dehors du Parlement, le rôle d'intermédiaires entre la faction des aristocrates whigs et la masse populaire, coopèrent activement au succès de la loi; et l'on mesure l'influence exercée par l'article de James Mill si l'on considère les visibles emprunts faits à cet article par Macaulay, dans les discours éclatants par lesquels il défend au Parlement la cause de la réforme.

Macaulay ne plaide pas cependant, en 1831 et en 1832, la cause du suffrage universel : la réforme modérée qu'il réclame consiste dans l'extension du droit de vote à la classe moyenne'* ; c'est une réforme qui, dans bien des

Page 1