‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 91 sur 239 · LA CLASSE MOYENNE · texte numérisé non relu

LA CLASSE MOYENNE

circonscriptions, étant donnée l'incohérence de Tancien régime électoral, oligarchique sur certains points et sur d*àatres déms^c^que, restreint le corps électoral au détriment des masses populaires. Macaulay considère que la bataille se livre non pas entre les pauvres et les ricbes, mais entre la bourgeoisie et une aristocratie fondée sur un principe purement local, an aristocraq/ of mère locality. Il se vante d'appartenir à un parti dont le gros est constitué par c la classe moyenne d'Angleterre, avec la fleur de l'aristocratie à sa tète, et la fleur des classes laborieuses pour défendre son arrière-garde ». Or, sur ce point, la distance est moins grande qu'on ne pourrait croire entre les whigs proprement dits, dont Macaulay est le porte-parole, et les radicaux benthamiques. Lorsque Bentham, à la première étape de la route qui le conduit au radicalisme pur, préconise aux environs de 1810 le householder plan^ il fait, par là même, de h franchise électorale le privilège des classes moyennes, à l'exclusion des travailleurs manuels et des indigents; et, plus tard, lorsqu'il adhère à l'ancien programme politique du major Cartwright, le parti qui l'entoure reste cependant, aux yeux de tous, une faction de petits bourgeois. Francis Place, l'organisateur du parti, petit ouvrier devenu patron, n'est-il pas effectivement le représentant typique de la classe moyenne? Du côté des whigS) Romilly, rencontrant en face de lui, dans sa campagne électorale de 1818, une opposition radicale, dénonce « le petit comité de boutiquiers qui se arment tout puissants à Westminster ». Du côté des

ultra-radicaux, Hunt attaque < cette faction importante, composée principalement de petits boutiquiers, de petits commerçants, qui, sous la dénomination de propriétaires imposés, tax'paxing housekeepers, se sont enrôlés sons le drapeau de sir Francis Burdett, pour se constituer en une sorte de classe privilégiée, supérieure au travailleur manuel, à l'artisan et à Touvrier > '*. Les mêmes dénonciations se produisent avec persistance dans les centres ouvriers jusqu'en 1831, lorsque les doctrinaires radicaux jouent le rôle difficile de n^ociateurs entre les whigs et le peuple. Elles ne sont pas entièrement injustifiées.

En économie politique, les utilitaires considèrent rinégalité des conditions comme naturelle et nécessaire. Ils considèrent aussi que l'établissement du régime de Tégalité des droits politiques non seulement n'abolira pas rinégalité des conditions économiques, mais ne supprimera pas l'influence, elle aussi naturelle et nécessaire, que les riches exercent sur les pauvres. Pour préciser davantage, l'influence qu'exercent les riches sur les pauvres peut être bonne ou mauvaise suivant qu'elle consiste dans une influence de l'intelligence sur l'intelligence, ou de la volonté sur la volonté. Dans le deuxième cas, c'est une influence corruptrice et oppressive ; mais il suffit d'instituer le scrutin secret pour la rendre impossible. Dans le premier cas, c'est une influence bienfaisante; mais, si nous en croyons Bentham et James Mill, l'établissement du sufiTrage universel et du scrutin secret la favorise plutôt qu'il

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