‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 93 sur 239 · LA REFORME ADMINISTRATIVE · texte numérisé non relu

LA REFORME ADMINISTRATIVE

des votes là où le vestiy est électif, Tabdication des honnêtes gens et l'envahissement de toutes les assemblées de paroisse par des entrepreneurs malhonnêtes, le défaut d'entente entre les paroisses, et Tincohérence avec laquelle les travaux publics se trouvent exécutés en Angleterre.

Mieux vaut en fin de compte, pensent les Benthamites, le système centralisateur des Français : « en dépit des craintes naturelles ou acquises que nous inspirent la bureaucratie et les tripotages, nous persistons à croire que tout le système des routes doit être unifié; et nous serions, pour notre part, satisfaits de les voir toutes placées sous la surveillance d'un corps des ponts et des chaussées ». Bentham, en même temps, dans son c Gode Constitutionnel », renforce le système administratif. Il crée un ministère des < ponts et 4^aussées », ou, comme il dit, des < communications intérieures >, un ministère de l'assistance publique (indigence relief )y un ministère de l'éducation, un ministère de la santé^^. C'est dans le même ordre d'idées que Bentham réclame, en matière d'organisation judiciaire, l'institution d'un ministère public et d'un service d'assistance judiciaire*^. Certains Benthamites ne répugnent même pas à l'idée d'une Église d'État : tout ce qu'ils veulent, c'est que la religion elle-même soit en quelque sorte laïcisée; et James Mill décrit cette religion d'État, « véritablement catholique », < sans d(^mes ni cérémonies », qui enseignera les éléments de la morale sociale, de l'économie politique, du droit

âS6 LE RADICALISME PHILOSOPHiaUE.

constitutionnel et du droit civil, avec accompagnement de musique et de danse ^^ Mais on remarque en même temps, dans le ConstUutional CotUy Tinfluence qu'ont exercé sur la pensée de Bentham les débats relatifs à la réorganisation des ve&triesj dans l'institution des stÂblegislatures, élues par les districts pour voter les lois d'intérêt local comme la législature vote les lois d'intérêt généraP^. Une fonction des ministres des communications intérieures, de l'assistance publique, de l'instruction publique et de la santé, consiste à entrer en rapports avec ces assemblées locales, pour les inspecter et les conseiller. A chaque sublégislature est adjoint < un corps de fonctionnaires administratifs », portant les mêmes noms, et exerçant, dans les limites du district, les même fonctions que les ministres de la nation. Ainsi s'ébauche un système demi électif et demi administratif, qui tendra, sur bien des points, par l'intervention active des disciples de Bentham, à devenir, après 1832, une réalité. Lorsque le souverain est un monarque, l'autonomie administrative de l'aristocratie locale peut être favorable à l'intérêt général, parce qu'elle sert de frein aux usurpations du pouvoir administratif identifié au pouvoir monarchique* Hais lorque la souveraineté populaire est reconnue, tou^^ accroissement du pouvoir administratif, précisémei^»^ parce qu'il fortifie le pouvoir du souverain, est favorab^B^ aux droits et aux intérêts populaires.

Ainsi s'achève l'organisation de l'État, selon Benthac^^

LA DÉJIOCAATIE SELON BEXTHAH. 2t7

et selon James Mill. (7est un régime représentatif et administratif : car il convient, pour que les fonctions gouvernementales soient exercées avec la continuité et la compétence désirables, qu'elles soient déléguées à des spécialistes. C'est une < démocratie pure », et Bentham entend par là deux choses. U entend, d'abord, un gouvernement débarrassé autant que possible de toute complication constitutionnelle, car les constitutions complexes ne sont que des procédés imaginés par les détenteurs du pouvoir pour mystifier et exploiter les gouvernés. U entend, secondement, un gouvernement débarrassé de toute espèce de fiction juridique, et c'est ainsi qu'il reste fidèle aux principes sur lesquels il avait autrefois fondé sa critique de la théorie des droits naturels. Car il est absurde de vouloir imposer i une nation le respect perpétuel de certains droits abstraits, définis à Tavance et solennellement procla^ nits : en fait la volonté nationale reste peipétuellement libre de les violer. Un droit ne cesse d'être une simple fiction pour devenir droit réel que lorsqu'il est sanc^ tiomié par la force, le droit de la force est réel : voilà,^ sans doute, la thèse essentielle de la philosophie du dirait fondée au xvu* siècle par Hobbes, et développée au jTfvt siède par Bentham. Seulement il se trouve que l€8 plus forts, ce sont les plus nombreux, et que d'aiU leors la volonté du plus grand nombre est la protec* trioe la plus sûre de l'intérêt du plus grand nombre. Oe sorte que la philosophie de Hobbes aboutit à des oon* séquences qui contredisent les thécnries constitutionneUes

de Hobbes lui-même, et la philosophie de Bentham à des conséquences que Bentham, plus jeune, n'avait point prévues. Au temps où Bentham était un tory^ les premiers théoriciens utilitaires du régime démocratique essayaient de le justifier en se fondant sur le principe de l'identité naturelle des intérêts ; et, en un certain sens, leur observation reste vraie. Chaque individu, nous disent les économistes de la nouvelle école, est le meilleur juge de ses intérêts ; et les intérêts de tous les individus sont, en règle générale, identiques. Mais rien n'empêche cette identité de se manifester dans le régime préconisé par Bentham, puisque l'autorité gouvernementale y est considérée comme émanant directement du peuple, et le pouvoir exécutif comme € constitué » par la volonté de tous les intéressés. C'est cependant le principe de l'identification artificielle des intérêts qui, dans le < Code Constitutionnel », est constamment appliqué : car Bentham réclame, d'une part,, une autorité gouvernementale, un pouvoir administratif, pour organiser systématiquement la défense des intérêts individuels, et prescrit, d'autre part, une série d'artifices constitutionnels, qui, subordonnant rigoureusement les gouvernants aux gouvernés, les empêcheront de jamais séparer leurs intérêts particuliers d'avec les intérêts de la nation. L'État, tel que le conçoit Bentham, est une machine si bien construite que chaque individu, pris individuellement, ne peut un instant se dérober au contrôle de tous les individus, pris collectivement.

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