ERASME DARWIN. BORNE TOOKE
théorie de Darwin au temps où, étudiant à TUniversité . d'Edimbourg, il la voyait réfuter près de lui par le jeune Thomas Brown; quelques années plus tard, il analysait et discutait, dans le Literary JaurwUj la deuxième édition du livre de Tooke. Les deux auteurs ont exercé une influence sur le progrès de sa pensée, et en conséquence, par son intermédiaire, sur la restauration de la psychologie associationiste.
Priestley, lorsqu'il éditait Hartley, avait voulu montrer que la théorie physiologique des vibrations et la théorie psychologique de l'association étaient deux théories distinctes, et que, si elles pouvaient bien se confirmer mutuellement, l'abandon de l'une n'impliquait cependant pas la fausseté de l'autre'*. Mais Hartley avait trop souvent parié des sensations et de leurs combinaisons dans un langage physiologique, pour que l'on ne demeurât pas tenté de transformer, après lui, la psychologie de l'association des idées en une psychophysiologie. Le médecin Erasme Darwin, en 1794, dans une c Zoonomie », ou traité des « lois de la vie organique » *^, sans nier la distinction de la matière et de l'esprit*, fait abstraction de l'esprit, et, dans l'étude qu'il fait des sensations, des idées et de leurs combinaisons, ne considère que le côté biologique des phénomènes, se croyant dès lors autorisé à employer, en un sens purement physiologique, le langage des psychologues. D'ailleurs il rejette la théorie des vibrations, par laquelle Hartley, se l<>ndant, après Newton, sur l'analogie des lois de l'op-
tique, avait voulu expliquer les phénomènes nerveux, et regrette précisément que les savants modernes, au lieu d'étudier les phénomènes de la vie tels qu'ils leur sont donnés dans la nature, perdent leur temps à vouloir réduire les lois de la vie à celles de la mécanique ou de la chimie*®. Pour que les particules de la fibre musculaire s'affectent l'une l'autre dans les phénomènes de contraction, il faut, sans doute, qu'il existe un agent intermédiaire; en effet « rien ne peut agir là où il B'existe pas, car l'action implique l'existence »• Mais sur la question de savoir si cet c esprit vital » est un fluide matériel, analogue à l'électricité, ou un pouvoir spirituel, Darwin ne pense pas que le savant puisse ou doive se prononcer ^^ En tous cas, dans la théorie « fondée sur la nature i» par laquelle il se propose € de lier les faits épars de la science médicale, et de faire converger en un foyer unique les lois de la vie orçanique » ^*, il considère les lois de la vie comme des lois spécifiques, les mouvements vitaux se distinguant des mouvements chimiques autant que ceux-ci peuvent se distinguer des mouvements de gravitation. Il se borne à définir les différents ordres de mouvement dont sont capables les phénomènes organiques : VirritatUmj la sensation^ la vo/i(ion, V association^^ ^ et reprend, à un point de vue biologique, les théories psychologiques de Hartley sur l'intelligence et l'action. « Le pouvoir de sentir est produit dans le cerveau et la moelle épinière par les actions fibreuses de ces glandes comme le sont les autres sécrétions » ^^ L'idée est « cette notion d'une
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chose extérieure avec laquelle les organes de nos sens DOUA mettent primitivement en rapport : elle se définit une contraction, un mouvement, une configuration des fibres qui constituent Torgane immédiat des sens » ^^ Et c'est la ressemblance, toute matérielle, entre l'objet extérieur et Torgane sensitif, tel que le modifie la présence de l'objet extérieur, qui explique, aux yeux de Darwin, la perception ^MiCS mouvements de l'organisme s'associent d'ailleurs entre eux conformément à la loi de l'habitude selon laquelle t tous les mouvements animaux qui se sont produits en même temps ou en succession immédiate, deviennent si étroitement unis que, lorsque l'un d'entre eux se reproduit, l'autre a une tendance à l'accompagner ou à lui succéder > ; et c'est par cette loi que Darwin croit pouvoir expliquer, ea médecin, « les phénomènes les plus obscurs de la production, de la croissance, des maladies, et de la décadence du système animal » ^^ Thomas Brown remporta son premier succès d'écrivain en critiquant, chez Darwin, et sa théorie matérialiste de la perception, et l'opinion qu'un fluide intermédiaire, de nature inconnue, est nécessaire pour expliquer l'action de la cause sur l'effet^'. Cependant ce que sa psychologie doit à celle de Hartley, Brown semble l'avoir appris d'abord par l'intermédiaire de Darwin, tout comme James Mill, à son tour, va faire des emprunts à Darwin par l'intermédiaire de Brown. lie livre de Darwin contient, effectivement, assez d'observations intéressantes — citons notamment ses jnéflexions sur les phénomènes de la vision ^% ou encore
sur Torigine de rinstinct^^ — pour justifier le succès qu'il obtint, en dépit de tant de théories médicales erronées et de l'inexpérience philosophique de l'auteur. Mais le livre de Darwin nous parait important surtout en ce qu'il marque un point de bifurcation dans le progrès des idées constitutives de l'école de Hartley. Considérons- nous , en effet , la théorie de Hartley comme étant essentiellement une théorie physiologique ? Alors je suis, aux termes de cette théorie, conçu d'abord comme un être qui agit et pâtit ^^, avant de devenir graduellement un être conscient, capable de sentir, de distinguer et d'organiser ses perceptions. Considérons-nous, au contraire, cette même théorie sous son aspect psychologique ? Je m'a^^rais alors à moi-même, d'abord comme éprouvant des sensations séparées et discontinues, puis comme réussissant progressivement à former avec ces sensations isolées les unes des autres Timage continue d'un univ^s spatial. La seconde interprétation est celle de James Mill : par instants cependant la première tendance reparaît dans ses écrits. U a emprunté, de son propre aveu**, à Hartley, à Darwin et à Brown sa théorie de la genèse de la notion d'espace : mais quelle préoccupation a d'abord in^iré les inventeurs de cette théorie ? Ils ont voulu expliquer la notion du continu par la fusion apparente en une sensation unique d'une multitude de petites sensations discontinues. C'est pour cela que Berkeley s'était attaché, le premier, à démontrer que le sens de la vue ne nous fournit pas immédiatement la