LA THÉORIE DU SENS MUSCULAIRE
notion d'une étendue continue, et que les sensations visuelles ne paraissent être immédiatement des sensations d'étendue qu'en raison de leur association étroite avec les sensations tactiles. Faudra-t-il donc dire des sensations tactiles ce que tout à l'heure on disait des sensations visuelles, à savoir qu'elle nous fournissent immédiatement la notion d'une étendue continue? La difficulté n'a donc été reculée que d'un pas; et c'est pour la surmonter une fois encore que Brown, puis James Hill, poursuivant l'analyse commencée par Berkeley, expliquent la formation de la notion d'espace par l'association qui s'opère entre les sensations tactiles proprement dites et les sensations musculaires. Mais qn'esUœ que ces sensations musculaires ellesmêmes, dont l'idée a été empruntée par Brown et James Mill à la physiologie de Hartley et de Darwin? Lorsqu'im de nos muscles se contracte, certaines parties de nos . muscles frottent contre certaines autres : les sensations musculaires ne sont-elles, dans cette hypothèse, que les sensations de toucher interne que nous devons éprouver alors dans les différentes parties du muselé, sensations qui ne se distinguent pas spécifiquem«[it de celles que nous éprouvons lorsque les parties extérieures de notre corps entrent en contact avec d'autres corps ? Hais alors n'est-ce pas revenir à dire, par un détour, que ce sont les sensations tactiles qui nous donnent la notion de l'étendue? Ou bien nous faisons intervenir, dans la notion du sens musculaire, b notion d'un effort volontaire accompli, ou seulement
d'un mouvement de l'organe : nous attribuons donc au sens musculaire ce caractère particulier, de sentir immédiatement l'étendue. Mais alors nous n'avons pas résolu le problème, posé par Berkeley , d'expliquer la sensation du continu par une addition de sensations discontinues. Insistant sur le côté physiologique, et non plus sur le côté psychologique de la théorie, nous concevons l'être conscient comme étant d'abord un être capable de mouvements continus, qui ensuite prend conscience de ces mouvements jusqu'au moment où il Reviendra capable de former des sensations isolées et discontinues. Nous n'expliquons la formation de la notion d'espace qu'en faisant intervenir un ordre spécial de sensations, dénommées musculaires, qui auraient pour fonction hypothétique de percevoir immédiatement la continuité des mouvements organiques, et se trouveraient ainsi constituer, à la lettre, un sens du continu.
Suivons, pour rendre la chose plus sensible, l'histoire de la théorie du sens musculaire depuis Hartley jusqu'à James Mill. Hartley, aux sens de la vue et de l'ouïe, du goût et de l'odorat, oppose ce qu'il appelle le c sentiment » (feeling), groupant sous cette rubrique toutes les sensations qui n'ont pas leur siège dans un organe nettement localisé. Dans le sentiment lui-même il distingue entre le sentiment général, qui comprend l'ensemble des sensations organiques, et le sentiment particulier, localisé plus particulièrement dans les mains et les doigts, par où nous distinguons « le chaud et le froid, l'humide et