Beccaria, Recherches sur le style, ch. iv
une littérature avait adopté ce mauvais goût ; si bien que le public eut de la peine à trouver détestable le sonnet d'Oronte dans le Misanthrope :
Belle Philis, on désespère Alors qu'on espère toujours...
Des écrivains comme Fléchier osaient écrire sérieusement :
Ces soupirs contagieux qui sortent du sein d'un mourant pour faire mourir ceux qui vivent.
Cette manie est plus ridicule encore en vers.
En me cherchant, j'ai perdu bien des jours ; Et me perdant, j'ai trouvé bien des peines.
(Bertaut.)
L'afféterie a quelquefois inspiré à Racine des vers comme celui-ci, que dit Pyrrhus, grand brûleur de vaisseaux :
Brûlé de plus de feux que je n'en allumai...
C'est à peu près ce qu'écrivait le P. Lemoyne :
Louis impatient saute de son vaisseau ;
Le beau feu de son cœur lui fait mépriser l'eau.
Molière avait raison de dire :
Ce n'est que jeux de mots, qu'affectation pure, Et ce n'est pas ainsi que parle la Nature.
Ces sortes de pointes ne sont admissibles que lorsqu'on en tire un effet comique, comme dans ces vers :
Monsieur, ici présent, M'a d'un fort grand soufflet fait un petit présent.
(Racine, Les Plaideurs.)