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MAUVAISES ANTITHÈSES

On arrive au jeu de mots et au calembour, comme dans cette phrase de J.-J. Rousseau :

Le repas serait le repos ; mon maître d'hôtel ne me servirait pas du poison pour du poisson.

Voici le chef-d'œuvre du genre :

Fataliste dans son Histoire, fatal dans ses conseils, fat dans ses résistances, réunissant en lui tout ce qu'inspirent et contre la Providence le culte du hasard, et contre le pouvoir le génie du renversement, et contre soi-même l'excès de la vanité ; s'amusant avec son esprit, s'abusant avec son ambition, s'usant avec ses roueries.

(Mocquart, Portrait de Thiers. Cité par Granier de Cassagnac dans ses Souvenirs du Second Empire, p. 139.)

C'est cet abus qui a disqualifié l'antithèse. On l'a confondue avec le faux esprit, et c'est pour cela que tant d'écrivains la déconseillent, au lieu de reconnaître qu'elle est, malgré ses abus, un procédé fondamental de style, l'art même de féconder sa pensée.

« Je plains avec vous les prédicateurs qui débitent des antithèses ; l'esprit de Dieu n'entre point par là », a dit Bossuet. « Les jeunes gens sont éblouis de l'éclat de l'antithèse et s'en servent », a dit La Bruyère, qui s'en est servi plus qu'un autre.

« Comme elles ne consistent, dit Rollin, que dans certains tours et un certain arrangement de paroles, et que les paroles ne doivent servir qu'à exprimer les pensées, on sent assez qu'il serait absurde de s'attacher à ces tours et à cet arrangement, en négligeant le fond même des pensées et des choses.

Mais, quelque solides qu'on les suppose, ces figures doivent être employées rarement, parce que plus l'art et l'étude s'y montrent, plus l'affectation se fait sentir et devient vicieuse. »

Pascal ajoute avec raison :

« Ceux qui font des antithèses en forçant les mois sont comme ceux qui font de fausses fenêtres pour la symétrie. Leur règle n'est pas de parler juste, mais de faire des figures justes. »

Blair est du même avis : « Les antithèses fréquentes, particulièrement lorsque l'opposition des mots est fixe et recherchée, rendent le style désagréable. ))

Charles Nodier est, à cet égard, plus sévère encore *. Arnauld accuse l'antithèse de fausser la vérité 2.

Les bonnes antithèses n'en restent pas moins la marque des grands écrivains. « Les grandes pensées, dit Marmontel, prennent habituellement la forme de l'antithèse. »

« Les moralistes, ajoute Brunetière, ne sauraient se passer de l'antithèse, non plus que les géomètres du syllogisme et les poètes de la métaphore 3. »

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