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LES DÉFAUTS DE I.' ANTITHÈSE

Le? antithèses sont mauvaises, lorsqu'elles sont cherchées et pas naturelles ; lorsqu'elles ne font pas corps avec l'idée et qu'à leur place on eût pu en trouver d'aussi vraisemblables ; quand leur développement est prévu et trop facile ; quand elles reposent sur des artifices de rhétorique ; quand elles répondent à des symétries insignifiantes ; quand elles restent vagues, douteuses, sans consistance.

Le Napolitain a la liberté matérielle ; l'Allemand a la liberté morale. La liberté du lazzarone a fait Rossini ; la liberté de l'Allemand a fait Hoffmann... Les Allemands ont la liberté de la rêverie ; nous avons la liberté de la pensée. (V. Hugo. Le Rhin. Conclusion.)

Voilà des antithèses suspectes, parce qu'au fond elles sont fausses. Les Allemands, en effet, ont eu la liberté de penser tout comme nous. Kant, Fichte, Hegel et Strauss ne se contentaient pas de la liberté de rêver. Quant à Rossini, il n'était pas de Naples, pays des lazzaroni : il était né à Pesaro (Marches).

Ouvrons encore Victor Hugo :

Mirabeau était pape, en ce sens qu'il menait les esprits ; il était dieu, en ce sens qu'il menait les événements. (V. Hugo, Philosophie mêlée.)

C'est peut-être vrai ; mais la pensée pourrait s'appliquer à bien d'autres tribuns.

Gracchus joignait à l'amour du bien une haine du mal encore plus forte. Il avait de la compassion pour les oppri-

mes et plus d'arùrnosité contre les oppresseurs ; en sorte que, la passion prévalant sur la vertu, il haïssait insensiblement plus les personnes que les crimes. Il poursuivait par un esprit de faction ce qu'il avait commencé par un sentiment de vertu.

(Saint-Évremond, Les Romains.)

Voilà des antithèses douteuses. L'auteur a poussé le trait peut-être au détriment de la vérité. On ne voit rien d'irréfutable dans cette conclusion du caractère de Gracchus. Était-il ainsi ? et Pétait-il pour les raisons qu'on nous donne ?

Il y a des antithèses énumératives tellement vagues, tellement inconsistantes, qu'on peut les multiplier indéfiniment.

Le catholicisme avait établi... une seule pensée sous une seule autorité, la soumission de l'esprit à la loi, du pouvoir politique au pouvoir religieux, pour repousser tant d'invasions, transformer tant de peuples, assouplir tant de rudesse, maîtriser tant de passions, surmonter tant de désordres... (Mignet, Luther.)

Il n'y a pas de raison pour ne pas continuer ces énumérations et dire : résoudre tant de périls, concilier tant d'intérêts, braver tant de révoltes, etc.

M. Thiers n'est pas le plus éloquent de nos orateurs. Il n'a pas l'ampleur de M. de Guizot ; il n'a pas la splendeur de M. de Lamartine ; il n'a pas la dialectique passionnée de M. Berryer ; il n'a pas la grâce perfide et caustique de M. de Montaîembert ; il n'a pas la fougue grandiose de M. Ledru-Rollin ; mais il a la netteté, la limpidité, la méthode, la logique, l'imprévu, l'audace, la vigueur, tout ce qui captive, tout ce qui séduit, tout ce qui fascine. {De la Ouéronnière, Portraits politiques.}

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