I.' ANTITHÈSE DANS ROUSSEAU
style de V Emile et des Confessions est de premier ordre.
« Il y a, dit le comte de Ségur. deux espèces d'admirations : l'une stérile, l'autre fertile. Et, par exemple, pourquoi Voltaire, en ravissant mon esprit laisse-t-il ma veine improductive ? Ou, du moins, pourquoi ne fait-il de moi comme tant d'autres qu'un imitateur froid et secondaire, tandis que Rousseau, Corneille, Bossuet et Tacite surtout fécondent mon âme et, lui laissant sa personnalité, son originalité, me rendent, comme eux, créateur selon la portée de mon mérite 1. »
Ce qu'il y a de remarquable dans Rousseau, ce sont les digressions et les hors-d'œuvre. La Nouvelle Héloïse en est remplie 2. Comme mise en valeur de l'antithèse, il fait lire surtout V Emile, les premières Lettres de la Montagne (que Villemain recommande à tous les journalistes), les Lettres à M. de Malesherbes et les Rêveries d'un promeneur solitaire, où le procédé s'exaspère et « saute aux yeux ».
On s'irrite contre Rousseau. Ses paradoxes rebutent les lecteurs. Ceux qui aiment la forme impeccable ont pourtant tout à gagner à celle lecture. Pour le déclarer ennuyeux, il faut ne l'avoir jamais lu.
Son antithèse brille même dans les sujets fa mi