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Ségur, Mémoires, t. VII, p. 2G

2. Entre autres, sur la ooblesse (Ire partie, lettre LXII), sur le duel (I-LVII), sur l'éducation (I-III), sur le suicide (III-XXII), sur l'adultère (1II-XVIII), etc., etc.

liers. Voyez ce qu'écrit Julie en apprenant le mariage de son amie Claire. C'est le ton général de YHêloïse :

A présent elle doit compte de sa conduite à un autre ; elle n'a pas seulement engagé sa foi ; elle a aliéné sa liberté. Dépositaire en même temps de l'honneur de deux personnes, il ne lui suffît pas d'être honnête, il faut encore qu'elle soit honorée ; il ne lui suffît pas de ne rien faire que de bien, il faut encore qu'elle ne fasse rien qui ne soit approuvé. Une femme vertueuse ne doit pas seulement mériter l'estime de son mari, mais l'obtenir ; s'il la blâme, elle est blâmable ; et fût-elle innocente, elle a tort sitôt qu'elle est soupçonnée, car les apparences mêmes sont au nombre de ses devoirs.

(Nouvelle Héloïse, IIe partie, lett. XVIII.)

Et ceci sur le duel :

Quand il serait vrai qu'on se fait mépriser, en refusant de se battre, quel mépris est le plus à craindre : celui des autres en faisant bien, ou le sien propre en faisant mal ? Croyez-moi, celui qui s'estime véritablement lui-même est peu sensible à l'injuste mépris d'autrui, et ne craint que d'en être digne... L'homme droit, dont toute la vie est sans tache, et qui ne donna jamais aucun signe de lâcheté, refusera de souiller sa main d'un homicide, et n'en sera que plus honoré. On voit aisément qu'il craint moins de mourir que de mal faire, et qu'il redoute le crime et non le péril. Si les vils préjugés s'élèvent un instant contre lui, tous les jours de son honorable vie sont autant de témoins qui les récusent ; et, dans une conduite si bien liée, on juge d'une action sur toutes les autres.

Les hommes si ombrageux et si prompts à provoque" les autres, sont pour la plupart de malhonnêtes gens, qui, de peur qu'on ose leur montrer ouvertement le mépris

L ANTITHESE DANS ROUSSEAU 251

qu'on a pour eux, s'efforcent de couvrir de quelques affaires d'honneur V infamie de leur vie entière.

Tel fait un effort et se présente une fois pour avoir le droit de se cacher le reste de sa vie. Le vrai courage a plus de constance et moins d'empressement. La force de l'âme qui l'inspire est d'usage dans tous les temps : elle met toujours la vertu au-dessus des événements, et ne consiste pas à se battre, mais à ne rien craindre.

{Nouvelle Héloise, Ire partie, lett. VII.)

Citons encore ces lignes pour bien montrer le ton de ce procédé :

Quoi ! faut-il abdiquer mon autorité lorsqu'elle m'est le plus nécessaire ? Faut-il abandonner l'adulte à luimême, au moment qu'il sait le moins se conduire, et qu'il fait les plus grands écarts ? Faut-il renoncer à mes droits, quand il lui importe le plus que j'en use ?

Les arguments froids peuvent déterminer nos opinions, non nos actions ; ils nous font croire, et non pas agir ; on démontre ce qu'il faut penser, non ce qu'il faut faire.

(Emile, liv. IV.)

C'est le style ordinaire de Rousseau :

Les pays où l'on emmaillote les enfants sont ceux qui fourmillent de bossus, de boiteux, de cagneux, de noués, de rachitiques, de gens contrefaits de toute espèce. De peur que les corps ne se déforment par des mouvements libres, on se hâte de les déformer en les mettant en presse. On les rendait volontiers perclus pour les empêcher de s'estropier.

Leurs premières voix, dites-vous, sont des pleurs ? Je le crois bien : vous les contrariez dès leur naissance ; les premiers dons qu'ils reçoivent de vous sont des chaînes ; les premiers traitements qu'ils éprouvent sont des tourments. N'ayant rien de libre que la voix, comment ne

s'en serviraient-ils pas pour se plaindre ? Ils crient du mal que vous leur faites : ainsi garrottés, vous crieriez plus fort qu'eux. (Emile, I.)

Et encore ceci :

Otez à nos savants le plaisir de se faire écouter, le savoir ne sera rien pour eux. Ils n'amassent dans le cabinet que pour répandre dans le public ; ils ne veulent être sages qu'aux yeux d'autrui ; et ils ne se soucieraient plus de l'étude, s'ils n'avaient plus d'admirateurs. Pour nous qui voulons profiter de nos connaissances, nous ne les amassons point pour les revendre, mais pour les convertir à notre usage ; ni pour nous en charger, mais pour nous en nourrir. Peu lire, et penser beaucoup à nos lectures, ou, ce qui est la même chose, en causer beaucoup entre nous, est le moyen de les bien digérer.

[Emile, II.)

Toujours au hasard dans Emile :

Tout n'est que folie et contradiction dans les institutions humaines. Nous nous inquiétons plus de notre vie à mesure qu'elle perd de son prix. Les vieillards la regrettent plus que les jeunes gens ; ils ne veulent pas perdre les apprêts qu'ils ont faits pour en jouir ; à soixante ans, il est bien cruel do mourir avant d'avoir commencé de vivre. On croit, que l'homme a un vif amour pour sa conservation, et cela est vrai ; mais on ne voit pas que cet amour, tel que nous le sentons, est en grande partie l'ouvrage des hommes.

On dirait souvent du Montaigne :

L'art d'interroger n'est pas si facile qu'on pense : c'est bien plus l'art des maîtres que des disciples ; il faut avoir déjà beaucoup appris de choses pour savoir demander ce qu'on ne sait pas. Le savant sait et s'enquiert, dit un

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