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L'ANTITHÈSE DANS LAMARTINE

forces d'un grand homme sur son siècle, il ne lui manqua que l'honnêteté... La cour fut vengée par sa mort des affronts qu'il lui avait fait subir. L'aristocratie irritée aimait mieux sa chute que ses services. Il n'était pour la noblesse qu'un apostat de son ordre. La dernière honte pour elle était d'être relevée un jour par celui qui l'avait abaissée... Mirabeau de moins, M. de La Fayette paraissait plus grand : il en était de même de tous les orateurs de l'Assemblée. Il n'y avait plus de rival, mais il y avait des envieux. Son éloquence, toute populaire qu'elle fût, était celle d'un patricien.

{Girondins, liv. I, ch. iv.)

Ayant, ailleurs, à reparler de Mirabeau, l'inspiration antithétique de Lamartine ne faiblit pas :

Les désordres mêmes de sa vie, les immoralités de sa jeunesse, la renommée bruyante, mais douteuse, de son nom lui faisaient comprendre, avec une sévère sagacité de jugement sur lui-même, que, s'il avait assez d'éloquence pour un factieux, il n'avait pas assez de vertu pour un républicain. Il savait que le peuple, même dans ses popularités révolutionnaires, ne s'attache solidement qu'à des noms qui flattent son honnêteté instinctive par la réputation de probité, de désintéressement, d'austérité même, qui honorent son attachement pour ses grands tribuns. Mirabeau n'avait aucune de ces vertus chères à la multitude ; il ne lui était plus même permis d'avoir de l'hypocrisie. Le vice pardonnable et populaire, mais enfin le vice, respirait dans son nom, dans ses traits, dans sa vie entière. Il pouvait être un démagogue utile, il ne pouvait plus être un Catilina, jamais un Gracque. Robespierre et Pétion, assis dans l'ombre derrière lui, avaient sur lui cet avantage de situation qu'il ne leur soupçonnait pas encore. Mais il comprenait parfaitement

déjà que Necker, Bailly, La Fayette auraient à ce titre le pas sur lui dans une république, et qu'il n'y serait, malgré son incommensurable supériorité naturelle, que le second de ces médiocrités populaires. Ambitieux par ses nécessités privées, qui lui faisaient un besoin de la fortune, la république, qui vit de désintéressement, ne l'enrichirait pas. Ambitieux par le sentiment de sa supériorité, qui lui montrait toute autre place que la première comme subalterne, la république, qui ne l'estimerait pas, ne lui offrait que des fonctions secondaires. Une cour seule, et une cour aux abois, pouvait recourir à lui comme à son salut suprême, jeter le voile de l'indulgence nécessaire dans les cœurs corrompus sur sa propre corruption, lui demander des lumières au lieu de principes, de la politique au lieu de désintéressement, des services au lieu de vertus, le placer comme un Richelieu ou un Mazarin entre le peuple et elle, l'élever, le combler de dignités et de richesses, et lui faire, dans la difficulté des circonstances, une existence aussi grande que son génie. Tribun d'un peuple vainqueur ou soutien d'un roi vaincu, c'étaient les deux rêves de Mirabeau.

(Histoire des Constituants, t. II, liv. VII, § 49.)

Et ceci encore :

Le gouvernement qu'on imposait à Louis XVI lui semblait une expérience pour ainsi dire philosophique que la nation voulait faire avec son roi. Il n'oubliait qu'une chose : c'est que les expériences des peuples sont des catastrophes. Un roi qui accepte des conditions de gouvernement impossibles accepte d'avance son renversement. L'abdication réfléchie et volontaire est plus royale que cette abdication journalière à subir par la dégradation du pouvoir. Un roi y sauve sinon sa vie, du moins sa dignité. Il est plus séant à la majesté royale de descendre que d'être précipitée. Du moment

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