Sayous, Conseils à une mtre, p. 1Ô
Blair est plus précis encore :
« La beauté des descriptions poétiques dépend, en grande partie, du choix des épithètes ; les poètes, en général, n'y font pas assez d'attention. Ils se servent des épithètes pour compléter le vers ou le faire rimer avec le précédent ; et il en résulte un tas de mots inutiles qui, loin d'ajouter au sens, tendent à l'énerver. On est forcé de convenir que les « liquidi fontes de Virgile, et les prala canis albicant « pruinis » d'Horace sont de cette espèce ; car rien ne ressemble mieux à de la tautologie, que de dire que l'eau est liquide, et que la neige est blanche. L'épithète doit ajouter une idée au mot qu'elle qualifie, ou au moins augmenter l'énergie de sa signification ordinaire. Parmi les épithètes générales, il y en a qui semblent avoir cette dernière propriété mais, à force d'être rebattues, elles sont devenues insipides ; telles sont la discorde funeste, l'odieuse envie, les guerres sanglantes, les scènes affreuses, et tant d'autres de la même espèce. On les rencontre dans les meilleurs poètes, mais les génies médiocres les entassent en profusion, et semblent les considérer comme la principale base du sublime. Elles donnent une sorte d'enflure au discours, et l'élèvent un peu au-dessus de la prose ordinaire, mais elles n'ajoutent rien à la description de l'objet dont il est question, et elles chargent le style d'une verbosité inutile et insipide.
« Une épithète heureusement choisie forme quelquefois une image frappante ; un seul mot présente