I. Maury, Esai s tr Moquerice, p
Votre unité, votre simplicité plus souveraine et plus détruisante que tous les foudres et tous les tourments...
« L'homme, dit Bonald, n'est pas seulement intelligence et imagination, il est encore faculté d'éprouver des sentiments. Le style pour être l'expression de l'homme, pour être l'homme même, selon M. de Bufîon, sera donc aussi sentiment, comme il est idées et images. Le style sera donc idées ou pensées, sentiment, images ; et voilà tout le style. La nature, je le répète, connaît seule le secret de cette composition ; et les leçons sur cette matière ne peuvent être tout au plus que des exemples.
« Si Bossuet se fût contenté de dire : « L'homme « conserve jusqu'au dernier moment des espérances « qui ne se réalisent jamais », il eût énoncé sans images, sans sentiment, une idée vraie et morale qui se présente à tous les esprits et que l'écrivain le plus médiocre ne pourrait rendre avec plus de simplicité ou plutôt de sécheresse ; mais admirez comme ce beau génie revêt cette pensée d'une image sublime et les fond l'une et l'autre, si j'ose le dire, dans un sentiment profond et douloureux : « L'homme, dit-il, « marche vers le tombeau, traînant après lui la « longue chaîne de ses espérances trompées. » Ce n'est plus, comme dans la phrase que nous citions tout à l'heure, un froid moraliste qui disserte ; ici Bossuet est orateur par la pensée, poète par le sentiment, peintre par l'image ; et l'on pense, l'on