LES SUBSTANTIFS DE BOSSUET
Nos encensements.
Nos désaffections.
Nos pauvretés.
Nos obscurcissements, etc., etc.
Ce sont là ses substantifs à l'état isolé. Ils produisent un effet surprenant, on vient de le voir, lorsqu'ils sont accouplés ou plutôt lorsqu'ils sortent l'un de l'autre comme dans le premier exemple :
Les douceurs de son amour attirant et les menaces de son amour méprisé.
C'est un procédé admirable, mais à condition que le premier substantif soit de qualité originale et que, par opposition, il produise la surprise d'une création \
Mignet avait bien lu Bossuet et, à son tour, il a souvent usé de ce procédé. Seulement la qualité des substantifs employés par Mignet est celle d'un écrivain de troisième ordre, et l' effet est bien moins saisissant, comme dans ces passages :
Ces écoles sont aussi sujettes aux dangereux défauts que donnent les précipitations de la théorie où les timidités de la pratique. (Nouveaux Éloges historiques, Savigny.)
Napoléon avait ouvert à la France les perspectives éblouissantes de la gloire, pour la détourner des laborieuses recherches de la liberté... Il avait fait subir aux peuples les abaissements de la défaite et les duretés do l'invasion. (Nouveaux Éloges, p. 25.)
1. Voir, en particulier, les sermons de Bossuet sur la Mort, sur la Pénitence, et ses Panégyriques.
Et ailleurs :
Paul IV passait des sévérités de la vie claustrale aux pompes et aux délicatesses de la vie souveraine.
Il n'y a de vraiment saisissant dans ces phrases que : les 'timidités, les abaissements, les duretés, les sévérités qui sont pris dans le vocabulaire de Bossuet. Les autres substantifs font partie du style ordinaire.
Ce sont là, on le voit, des procédés facilement assimilables à l'aide desquels on peut embellir et varier son style, qu'il soit abstrait ou coloré.
Souvenons-nous, d'ailleurs, que le grand art est de mêler tous les genres de style, et que les images donnent une singulière force aux idées, lorsqu'on peut unir la couleur à la pensée.