CHAPITRE XIV
Le style sans rhétorique.
Le style sans rhétorique. — Voltaire. — Le style et ses procédés - Les formules du style.
Nous avons exposé quelles sont les méthodes générales à l'aide desquelles on peut former son style : lecture, imitation, pastiche, description, amplification, antithèse.
Il nous reste un mot à dire.
Il y a une grande qualité de style qui ne repousse pas l'antithèse, mais qui ne la recherche pas, qui vise la clarté plus que la profondeur et qui, par le naturel et la simplicité, donne la sensation du style français éminemment spontané et classique.
Cette qualité, nous l'appellerons Yatticisme.
C'est Voltaire qui résume ce genre de style sans rhétorique.
On s'étonnera que nous ayons si rarement cité Voltaire.
La nature même de son style explique notre dis-
crétiou. Pour l'assimilation des procédés d'écrire, l'étude de Voltaire est sans profit immédiat. On peut dire qu'il n'a pas de procédés. Le ton général seul est à retenir chez lui. C'est ce ton que j'appelle alticisme, faute d'un mot plus exact.
J'entends par atticisme une certaine tenue, la justesse de l'ensemble, cet air de facilité sans effort, que donnent la clarté, l'élégance, l'esprit, le naturel, la variété, la correction.
En d'autres termes, il s'agit ici du style sans rhétorique (en gardant au mot « rhétorique » son sens de démonstration pratique).
Voltaire est le maître de ce style. Il s'est bien défini, lorsqu'il a dit : « Je suis comme les ruisseaux : clair et transparent, parce que je suis peu profond ».
Certes, Voltaire a cultivé l'antithèse. Il en abuse dans sa correspondance ; mais elle n'était ni son mode de penser ni l'habitude de sa phrase. Il a l'inspiration cursive ; s&. prose est droite, légère, courante. L'esprit et la facilité sont l'âme de son style. Le tact, le goût, l'aisance, voila ses caractères. Il a exposé son idéal dans une lettre de conseils à une jeune fille :
Les bons auteurs n'ont de l'esprit qu'autant qu'il en faut, ne le recherchent jamais, pensent avec bon sens, et s'expriment avec clarté. Il semble qu'on n'écrive plus qu'en énigmes. Rien n'est simple, tout est affecté, on s'éloigne en tout de la nature ; on a le malheur de vouloir mieux faire que nos maîtres.