‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 14 sur 141 · QUELS AUTEURS FAUT-IL LIRE · texte numérisé non relu

QUELS AUTEURS FAUT-IL LIRE

Notre jeunesse contemporaine a le tort de dédaigner nos classiques. Ceux qu'on appelle « les Jeunes », après des études sommaires, s'empressent de tourner le dos à leurs auteurs de collège et recherchent de préférence les écrivains étrangers, à l'égard desquels l'engouement n'est qu'une mode. Ne leur parlez pas de Rousseau ; Montesquieu les fait sourire ; Buffon leur semble démodé. Quelques-uns ne peuvent souffrir Chateaubriand et louent M. Emile Zola de l'avoir déclaré « rococo » ; Bossuet lui-même leur paraît petit. Ils n'accordent du talent qu'aux littérateurs exotiques. Taine les indigne. Ils sont Norvégiens, Finlandais, Russes, Danois, tout ce qu'on voudra, excepté Français.

Ne les imitons pas. Faisons des grands écrivains de notre pays la base de notre éducation littéraire. Lisons les classiques, parce qu'ils sont nos maîtres, parce qu'ils ont écrit dans notre langage, parce que notre littérature est venue d'eux, et parce qu'enfin c'est le seul moyen pratique d'apprendre à écrire.

L'éducation classique qu'on donne au collège est insuffisante. Il faut la recommencer dès qu'on pense par soi-même. On nous faisait admirer les bons auteurs, mais ce n'était pas pour les raisons que nous découvrons plus tard. Il faut donc tout relire, si l'on veut avoir une idée du style. Avant d'étudier les auteurs étrangers, sachons ce que valent les nùtres.

Les classiques français doivent donc être notre lecture principale, concurremment avec les clas-

siques grecs ou latins, Homère en tête, surtout Homère, qui est un monde et qui peut à la rigueur, tout remplacer. La lecture des traductions d'auteurs grecs est une nécessité pour celui qui veut approfondir notre littérature classique, parce que notre littérature classique est directement sortie des Latins et des Grecs.

D'une bonne lecture, c'est-à-dire de l'étude attentive des auteurs, on peut conclure certaines constatations, dont nous formerons les divisions de cet ouvrage. Ces constatations se sont imposées à nous au bout de vingt ans de lecture. Plus nous avons réfléchi, plus elles nous ont paru résumer les principes mêmes de l'art d'écrire.

La permièrc chose qui nous frappera dans une bonne lecture, c'est d'abord l'importance capitale qu'il faut accorder au plan, à la composition d'un ouvrage, à son unité d'exécution et à l'enchaînement des parties. Ces qualités priment les autres. Le fond passe avant la forme.

Puis des principes féconds se dégageront.

Nous verrons que le ton particulier à tel ou tel auteur provient des tours de phrases, des procédés de style, du travail d'exécution ; mais que ces tours de phrase, loin d'être le résultat d'une méthode artificielle, sont le résultat de la sensibilité intérieure, et que c'est cette sensibilité qu'il faut s'approprier, et non la partie matérielle du métier d'écrire.

A mesure que nous lirons, nous remarquerons

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