‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 19 sur 141 · Quintilien, Institutions oratoires, liv. X, ch. n · texte numérisé non relu

Quintilien, Institutions oratoires, liv. X, ch. n

2. Les imitations de Musset rempliraient un volume. Voir à ce sujet Taine, Ancien Régime, p. 351 ; Caro, Fin du XIXe siècle, II, p. 173 ; Brunetière, Évolution de la poésie lyrique, et un curieux article de la Revue encyclopédique, 1893, p. 321. Malgré la différence de couleur historique, l'auteur, de Namouna a été à son tour spirituellement imité par l'auteur de Mœlenis, Louis Bouilhet, dont Sainte-Beuve disait qu'il « ramassait les bouts de cigare 4* Musset .» Voir Russi Mme Ackerman.

La Fontaine avouait son procédé habituel, dans *es vers charmants :

... Faute d'admirer les Grecs et les Romains, On s'égare en voulant tenir d'autres chemins. Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue, Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue. J'en use d'autre sorte ; et, me laissant guider, Souvent à marcher seul j'ose me hasarder. On me verra toujours pratiquer cet usage.

L'important, quand on imite, est de ne pas copier son modèle, mais de le mettre en valeur.

11 faut trouver autre chose, ou dire autrement ce qu'on a dit. Si quelqu'un a écrit : « Les zigzags de la foudre se précipitent et tombent dans l'eau », dites originalement avec Chateaubriand, en parlant de la foudre : « Son langage de feu siffle en s'éteignant dans les eaux ». Si l'on a dit : « Les éclairs brillent et frappent les rochers », écrivez encore avec Chateaubriand : « Les éclairs s'entortillent aux rochers ». On a employé le « scintillement des étoiles » ; creusez l'idée et mettez : « la palpitation des étoiles ». À. Daudet a écrit : « Le vent avive les étoiles » ; et Maupassant, dans « Une nuit de Noël » : « Les étoiles pétillent de froid ». Celui qui trouve des procédés d'imitation, et qui sait les appliquer et les dénaturer, celui-là est un homme de génie.

Virgile a assidûment imité Homère, non seulement pour le plan, mais même pour l'expression. Il n'y a peut-être pas une comparaison de l'Enéide qui

.T,f IMITATION, PROCÉDÉS DE VIRGILE 33

ne soit dans V Iliade ou VOdyssêe. Théocrite est imi'c de plus près encore. Ce sont, dans Virgile, ses propres sujets, les mêmes images. Le génie dr Virgile, c'était sa langue, son style exquis, d'une mélancolie et d'une création nuancée si profondes. L'expression et. le style sont d'un grand poète. Ceux qui lui ont succédé, Claudius, Lucain, Silius Italicus, l'ont imité, comme il avait imité ses prédécesseurs 1.

« Virgile, dit M. Benoist, a imité Théocrite dans ses Bucoliques, non seulement dans le choix des sujets, mais encore dans le détail de son style et dans le détail de sa versification. Il lui emprunte des vers et des développements tout entiers, se contentant quelquefois de le traduire 2. »

Fox disait :

« J'admire Virgile plus que jamais, pour cette faculté qu'il a de donner l'originalité à ses plus exactes imitations ».

C'était l'opinion de Sainte-Beuve :

« La première Égiogue, je veux dire la première en date, est toute parsemée des plus gracieuses images de Théocrite, de même que son premier livre de l'Enéide se décore des plus célèbres et des plus manifestes comparaisons d'Homère ; c'est tout

1. Voir, pour les imitations de Virgile, l'édition de Virgile de Heyne ; le chapitre de Quicherat (Prosodie latine) ; Schœll. Littérature romaine ; et, surtout les deux volumes des Etudes grecques sur Virgile de EichofT, où sont cités tous les passages empruntés. — Virgile a fait de nombreux emprunts à Ennius, Attius, Catulle ; il a pris des morceaux entiers à Nevius 'Macrobe 3at. V), etc.

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