‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 21 sur 141 · FORMATION PAR LIMITATION ! VIRGILF · texte numérisé non relu

FORMATION PAR LIMITATION ! VIRGILF

toute vérité, quand elle m'a dit que, sur mer, avant d'arriver à la terre natale, je remplirais la mesure des maux : voilà maintenant que tout cela s'accomplit. De quels nuages Jupiter couronne-t-il de toutes parts le large ciel ! et il s bouleversé la mer ; et les souffles de tous les vents s'y poussent : c'est maintenant que m'est assurée la perte inévitable. Trois et quatre fois heureux les Grecs qui sont morts dans la vaste plaine de Troie en faisant bon office aux Atrides ! Que n'ai- je pu moimême mourir et encourir mon destin, ce jour où les Troyens en foule me lançaient leurs javelots d'airain autour d'Achille expiré ! C'est alors que j'eusse obtenu des funérailles, et les Grecs eussent mené grand bruit et renom de moi. Mais maintenant il est décidé que je périrai de mort misérable... » — Lorsque nous eûmes quitté l'île (c'est Ulysse qui raconte), et quand il ne nous apparaissait plus aucune terre, mais seulement le ciel et la mer, alors le fils de Saturne, Jupiter, arrêta un noir nuage au-dessus du vaisseau creux et la mer s'en obscurcit alentour. La nef ne courut plus longtemps ; car aussitôt vint en sifflant le Zéphyre avec un tourbillonnement rapide. La force du vent brisa les deux cordages qui retenaient le mât : le mât tomba en arrière et tous les agrès roulèrent dans la cale, et il alla frapper à la proue la tête du pilote, il en brisa tous les os à la fois ; et celui-ci, pareil à un plongeur, tomba du bord, et le souffle de vie l'abandonna. Jupiter tonna au même moment, et lança sur le vaisseau la foudre. La nef pirouetta tout entière, frappée du tonnerre de Jupiter, et elle se remplit de soufre : mes compagnons tombèrent du vaisseau. Pareils à des corneilles, autour du vaisseau noir, ils étaient portés sur les vagues, et un dieu leur enlevait le retour.

Voici maintenant l'imitation de Virgile :

Il dit, et d'un revers de sa lance il frappe la montagne

par le ilanc : et les vents, formant comme un escadron par l'issue qui leur est faite, se précipitent et couvrent la terre de leur tourbillon. Ils s'abattent sur la mer, et tout entière la bouleversent du fond des abîmes, — à la fois î'Eurus et le Noms, et le vent d'Afrique fréquent en ouragans ; et ils roulent contre le rivage les vagues monstrueuses. Il s'y mêle aussitôt le cri des hommes et le grincement des cordages. En un instant les nuages ont enlevé le ciel et le jour aux yeux des Troyens : une nuit noirâtre pèse sur l'onde ; la voûte céleste a tonné, et l'air se fend en fréquents éclairs : tout présente aux hommes la mort menaçante.

A cette vue, Énée se sent comme paralysé de froid dans tous ses membres, il gémit, et, tendant ses deux mains vers les astres, il profère ces paroles : « O trois et quatre fois heureux ceux à qui, sous les yeux de leurs parents, au pied des hautes murailles de Troie, il a été donné de succomber 1 O le plus vaillant des Grecs, fils de Tydée, que n'ai-je pu tomber aussi dans les plaines d'Uion et verser mon sang de ta main là où gît le terrible Hector, frappé par Achille, là où est gisant le grand Sarpédon, où le Simoïs entraîne et roule dans son onde tant de boucliers et de casques et de corps de héros ! »

Cependant la tempête fait de plus en plus fureur. Des vingt navires qui composent, la flotte d'Énée, le plus grand nombre est dispersé ; les uns sont jetés contre des brisants, les autres vont échouer sur les cotes d'Afrique, dans les syrtes et les bancs de sable ; un des vaisseaux périt à sa vue.

Un des vaisseaux, celui qui portait les Lyciens et le fidèle Oronte, sous les yeux mêmes d'Énée, reçoit un violent coup de mer qui le prend de la proue à la poupe ; Je pilote est enlevé du bord et roule la tête la première : et, quant au vaisseau, trois fois le flot qui l'enveloppe le fait tournoyer sur lui-même, et le gouffre tourbillonnant l'engloutit. On n'aperçoit plus que quelques hommes à

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