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Racine, Lettre à Maucroix, 29 avril

2. Patin, dans ses Mélanges, a une très bonne étude sur l' Influence de l'imitation dans le développement des littératures. Signalons également les intéressants articles de M. Frédéric Loliée, très documentés sur ces matières, le beau livre de M. Rémy de Gourmont sur YEsthétique de la langue française, et, comme morceaux pouvant servir de modèles, les traductions et adaptations d'un bon poète épris d'antiquité, M. Marc Legrand. Se reporter aussi aux imitations presque littérales de nos Épopées françaises, que Victor Hugo nous a données dans Aymerillot, le Mariage de Roland, etc. (Voir les Petites épopées de Léon Gautier, etc.) Villemain, en 1812, à la distribution des prix du concours général des collèges royaux de Paris, a pronoBc'é un excellent discours sur l'imitation.

EXEMPLES D'iMITATÎDN 43

son mouvement, la nature même de son génie et de sa sensibilité. C'est s'approprier, pour le traduire autrement, ce qu'il a de beau, en laissant de côté ce qu'il a de médiocre.

Voici comment Horace présente cette pensée simple et commune : la mort n'épargne personne .

« La pâle mort heurte d'un pied égal les logis des pauvres et les tours des rois. »

Malherbe traite la même pensée :

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles.

On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier.

Puis il ajoute, en imitant Horace :

Le pauvre, en sa cabane où le chaume le couvre

Est sujet à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

Virgile, en parlant d'une espèce de chêne, avait dit :

... Quse quantum vertice ad auras Mtherias, tantum radice m tartara tendit.

(Géorgiques, liv. Il, v. 291.)

(Littéralement : Son sommet s'élève aussi haut dans les airs, que sa racine tend profondément dans les enfers.)

Et La Fontaine ne reste pas au-dessous de son modèle dans ces vers sublimes :

Le vent redouble ses efforts Et fait si bien qu'il déracine

Zélui (le chêne) de qui la tête au ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à V empire des morts

(Liv. I, fable 22.)

L'imitation peut consister à prendre îe tour et quelques expressions d'un auteur, sans prendre la pensée ; ou à prendre sa pensée, sans copier ni le tour ni l'expression x.

Lamothe Le Vayer pensait qu'il était plus louable d'emprunter des beautés littéraires aux Anciens qu'aux Modernes. 11 absolvait le plagiat commis c-ontre les Grecs, mais il voulait que ses contemporains fussent respectés 2.

On imite avec plus de liberté, quand on puise dans une langue étrangère : mais il faut du goût pour ne pas tomber dans l'écueil de la traduction, qui est la sécheresse. Lorsqu'on trouve dans les auteurs étrangers des pensées exagérées, on doit, autant que possible, les ramener à leur vérité naturelle.

Ainsi, dans Plaute, l'Avare se croit volé par son esclave ; il le fouille et, après lui avoir fait ouvrir les deux mains, il demande : la troisième. Le trait est excessif. La passion la plus forte ne peut aveugler au point de faire oublier que l'homme n'a pas trois mains. Molière tire bien parti meilleur de cette idée. La revue des maius faite, l'Avare dit : El Vautre ? Ici l'Avare ne demande pas trois mains ; il est telle-

1. On peut lire, dans l'Histoire de François Ier, de Gaillard une bonne imitation du Passage des Alpes de Tite-Live. Comparer aussi la description de la peste dans Thucydide, Boccace l'abbé Barthélémy et Manzoni.

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