‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 27 sur 141 · EXEMPLES D'IMITATION · texte numérisé non relu

EXEMPLES D'IMITATION

Lamartine :

Et dans ces noirs sapins et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux.

Le Lac.)

Musset :

Le chevreau noir qui broute.

Pendu sur son rocher, L'écoute, L'écoute s'approcher.

(Ballade à la Lune.",

Victor Hugo :

La chute la plus profonde Pend au sommet le plus haut

Horace avait dit :

Solvitur acris hieins.

Virgile à son tour :

Solvuntur frigore membra.

Montaigne : « L'homme va béant après les choses futures. » (Essais, III, ire ligne.)

Chateaubriand : « Béer aux lointains bleuâtres. » (Mémoires. Enfance à Combourg.)

Malherbe :

Rien, afin que tout dure, Ne dure éternellement.

(Sur la prise de Marseille.)

Racan :

Rien au monde ne dure Qu'un éternel changement.

Odes. — La venue du printemps.)

Le crime fait la honte, et non pas l'échafaud.

(Thomas Corneille, Comte d'Essex, IV, lll.\ La honte est dans le crime et non dans le supplice. (Voltaire, Artémise, fragment IV, III.)

« En termes de littérature, dit excellemment Laveaux \ on entend par imitation, l'emprunt des images, des pensées, des sentiments qu'on puise dans les écrits de quelque auteur, et dont on fait un usage soit différent, soit approchant, soit en enchérissant sur l'original... Virgile imite tantôt Homère, tantôt Théocritc, tantôt Hésiode et tantôt les poètes de son temps ; et c'est pour avoir eu tant de modèles qu'il est devenu un modèle admirable à son tour.,.,

« L'imitation doit être faite d'une manière noble, généreuse et pleine de liberté. La bonne imitation est une continuelle invention. 11 faut, pour ainsi dire, se transformer en son modèle, embellir ses pensées, et par le tour qu'on leur donne, se les approprier, enrichir ce qu'on lui prend, et lui laisser ce qu'on ne peut enrichir. »

On ne saurait mieux dire : mais encore faut-il du tact et de la prudence. Rappelons-nous le conseil de Sénèque :

« Cachons avec industrie ce que nous avons emprunté et ne faisons paraître que ce qui est à nous. Si l'on reconnaît dans un ouvrage quelques traits d'un auteur que vous estimiez particulièrement, que ce soit une ressemblance de fils £t non

1. Laveaux, Dictionnaire des difficultés de la langue française.

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pas le portrait, car le portrait est une chose morte. Quoi donc ! ne Connaîtra- t-on pas de qui j'imite le style, de qui je prends les pensées et la façon d'argumenter ? Je crois même que l'on ne s'en apercevra pas, si c'est d'un habile homme 1. »

Nos classiques français ont excellé à mettre ces conseils en pratique et à donner de l' originalité à leurs emprunts.

Boileau ne rougissait pas d'imiter les Anciens. Il avoue n'être « qu'un gueux revêtu des dépouilles d'Horace >>. Il a traité tous les sujets d'Horace et n'a de vraiment original que son Lutrin.

Bossuet étudiait et s'assimilait la Bible, les Pères de l'Église, Saint Grégoire de Nazianze, TertulHen, Saint Augustin, Homère. On a dit qu'il se couchait en lisant Homère et qu'il se levait ensuite avec des pensées de génie 2. On assure qu'il lisait Homère en grec chaque fois qu'il avait une oraison funèbre à écrire. Il appelait cela : « allumer son flambeau aux rayons du soleil ». Lebeau dit qu'il s'était d'abord formé par la lecture de Y Enéide.

Massillon savait Racine par cœur.

Les plus belles scènes de Y Avare et de Y Amphitryon de Molière sont dans Plaute.

Le dialogue-antithèse de Corneille est dans ses prédécesseurs, Rotrou, Mairet, Jodclle, Garnier, etc. (Voir Le Cornélianisme avant Corneilie, de M. Brunetière.)

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