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L'EXEMPLE DE LAMARTINE

l'accent vrai, grandiose et pathétique de la poésie de l'âme... Ces vers avaient coulé, non plus de son imagination, mais de son cœur, avec ses larmes. Voilà le secret de cette élégie tragique de la Jeune Captive, qui ne ressemble en rien à cette famille d'élégies grecques que nous avons lues plus tard dans ses œuvres.

« Je m'écriai tout de suite en la lisant : Voilà le poète ! Cette révélation donna malgré moi le ton à plusieurs des essais de poésie vague et informe que j'écrivais au hasard dans mes heures d'adolescence.

« On en retrouvera quelque trace dans l'élégie intitulée la Fille du Pêcheur, qui n'a jamais été ni achevée ni publiée par moi. Je l'achève et je la publie ici pour la première fois... On y retrouvera, à travers les réminiscences grecques de Théocrite et d'Anacréon. quelque pressentiment d'André Chénier 1... »

La pièce dont parle Lamartine et qu'il serait trop long de transcrire ici rappelle, en effet, de très près André Chénier :

Quand ton front brun fléchit sous la cruche à deux anses,

Ou bien sous le figuier, de son sucre prodigue...

Assise sous le toit, entre l'ombre et le fruit...

Éplucher en automne et retourner la figue

Que le vent de mer sale et que le soleil cuit..., etc.

« Un des dangers de la mauvaise imitation, c'est, dit Quintilien, d'outrer les défauts d'un auteur et i. Lamartine, Cours de littérature, Entretien XXIII.

de ne prendre que les vices qui touchent à ses qualités ; on remplace l'élévation par l'enflure, la concision par la maigreur, la force par la témérité, l'agrément par le mauvais goût, l'harmonie par le désordre et la simplicité par la négligence. »

« J'ai vu souvent, dit Cicéron, des imitateurs copier ce qu'il y avait de plus facile, et même ce qu'il y avait de défectueux, de vicieux dans leur modèle. Ils commencent par choisir mal ; et, si leur modèle, quoique mauvais, a quelque bonne qualité, ils la laissent et ne prennent de lui que ses défauts. »

Tout, en effet, s'affadit et se décolore sous la plume de ceux qui n'ont pas assez de talent pour savoir imiter ; car l'imitation suppose du talent. Sans dispositions pour l'art d'écrire, tous les efforts d'imitation demeurent stériles. Ou l'on copie servilement, ou l'on reste au-dessous de son modèle.

L'imitation n'est donc pas aussi facile qu'on peut le croire.

Résumons-nous.

Il y a deux sortes d'imitations :

L'une est un exercice littéraire individuel, d'ordre privé, excellent moyen de former son style, et qui conduit au pastiche, dont nous parlerons dans le chapitre suivant.

L'autre, la vraie, est une imprégnation générale. C'est l'ensemble des idées et des images, en quelque sorte la tournure d'esprit d'un auteur, qui finissent par être assimilés ; et c'est la combinaison de ces

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