Baylo, Œuvres, t. IV, p
moyen facile de la charge, à une ressemblance saisissante, mais disgracieuse \ »
Le pastiche est, en effet, un don que chacun peut avoir. Des écrivains très ordinaires, et pour leur compte incapables de style, arrivent à imiter admirablement le style d'autrui.
Le plus joli exemple que l'on connaisse de bon pastiche est l'histoire de Le Suire, mauvais écrivain d'ailleurs. Auteur de Y Aventurier fronçais, Le Suire avait publié un roman précédé d'une lettre de J.-J. Rousseau. La lettre eut le plus grand succès. Elle était si bien imitée, qu'en la lisant Rousseau resta confondu de reconnaître sa propre tournure d'esprit, ses idées et son style même. Il se demanda un moment s'il n'avait pas écrit cette lettre.
L. Baragnon, un des plus habiles pasticheurs que je connaisse, me disait qu'à une époque de sa vie, il ne pouvait lire un auteur sans céder au besoin de l'imiter. Le style de Bossuet l'avait tellement passionné, qu'il se l'était en quelque sorte approprié, et que ses idées prenaient à son insu la forme naturelle du grand orateur.
Voici une lettre à la Bossuet, où le don de Baragnon est tout à fait remarquable :
Dieu, qui régit monarchiquement l'Univers, qui disposa notre corps sous la domination d'un chef, qui à la tête de la première société humaine plaça le père comme un
1. Francis Wey, Remarques sur la langue »t la composition littéraire, p. 548.