LES PROCÉDÉS DE STYLE DE CICÉKON
retrancher ; on sent seulement qu'il y a du trop. »
Bonald, bon juge en ces matières, a eu le courage d'être plus sévère.
« 11 y a, écrit-il, si j'ose le dire, de la vanité dans le style de Cicéron, dans ses périodes nombreuses et sonores, dans ses chutes harmonieuses et apprêtées. Cette majestueuse abondance est rarement l'expression d'une âme forte, plus briève dans ses discours et moins occupée des mots que du sens. Aussi, même de son temps, on désirait à l'éloquence de Cicéron plus de nerf et de vigueur, et quelques détracteurs l'appelaient fractum et elumbem oratorem 1. »
Pour se permettre cette surabondance de mots, ces répétitions d'idées similaires qui constituent l'amplification cicéronienne, il faut que le relief ou la couleur des expressions renforcent l'effet général. Si les pensées sont de qualité égale, s'il n'y a pas crescendo d'intensité, c'est un pur travail de rhéteur, comme dans ce passage de Massillon, qui, d'ailleurs, en dehors de ce procédé, contient des beautés réelles.
Nous soulignons l'amplification banale. Il s'agit du conquérant :
Sa gloire sera toujours souillée de sang : quelque insensé chantera peut-être ses victoires ; mais les provinces, les villes, les campagnes en pleureront ; on lui dressera des monuments superbes pour immortaliser ses