‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 49 sur 141 · PROCÉDÉS DESCRIPTIFS D'HOMÈRE · texte numérisé non relu

PROCÉDÉS DESCRIPTIFS D'HOMÈRE

dompté par la force des liens, que des bouviers ont mené sur les montagnes Ainsi Adamas blessé palpita, mais peu de temps, car le héros Mèrionès arracha la lance de la plaie, et les ténèbres se répandirent sur les yeux du Troyen.

Parfois le tableau est un pur bas-relief où tout est en saillie. Le moindre geste du mécanisme humain est noté, qu'on me passe le mot, photographiquement :

Et il frappa d'abord Pronoos, de sa pique éclatante, dans la poitrine découverte par le bouclier. Et les forces du Troyen furent rompues, et il retentit en tombant. Et il attaqua Thestôr, fils d'Enops. Et Thestôr était affaissé sur le siège du char, l'esprit troublé ; et les rênes lui étaient tombées des mains. Patroklos le frappa de sa lance à la joue droite, et l'airain passa à travers les dents, et comme il le ramenait, il arracha V homme du char. Ainsi un homme, assis au faîte d'un haut rocher qui avance, à l'aide de l'hameçon brillant et de la ligne, attire un grand poisson hors de la mer. Ainsi Patroklos enleva du char, à l'aide de sa lance éclatante, Thestôr, la bouche béante : et celui-ci, en tombant, rendit l'âme. Puis il frappa d'une pierre dans la tête Eryalos, qui s'élançait, et dont la tête s'ouvrit en deux, sous le casque solide, et qui tomba et rendit l'âme, enveloppé par la mort.

Homère parle quelque part d'un homme qui reçoit par derrière un coup mortel et qui « tombe sur ses genoux en beuglant comme un taureau ». Un autre a le ventre ouvert, et tombe « en saisissant ses entrailles à pleines mains ».

D'un autre, il dit :

Il frappa du fouet éclatant les chevaux aux belles cri-

LA FOUMATION DU STYMÏ

nières ; et, sous le fouet, ceux-ci entraînèrent rapidement le char entre les Troyens et les Akhaiens, écrasant, les cadavres et les armes. Et les jantes et les moyeux des roues étaient aspergés du sang qui jaillissait sous les sabots des chevaux.

Ce réalisme, que n'a pas su imiter Fénelon, mais dont Chateaubriand a en partie hérité et que Flaubert a exagéré dans Salammbô, ce réalisme qui n'est que le don de voir et de peindre, ne quitte jamais Homère.

Tl est partout fidèle à ce procédé matériel, dans les descriptions et dans les comparaisons.

Le sens qu'Homère avait de la nature et de la vie physique atteint des largeurs de peinture admirables :

La mer inondait la plage jusqu'aux tentes et aux nefs, et les deux peuples se heurtaient avec une grande clameur ; mais ni l'eau de la mer qui roule sur le rivage, poussée par le souffle furieux de Borée, ni le crépitement d'un vasie incendie qui brûle une forêt, dans les gorges des montagnes, ni le vent qui rugit dans les grands chênes, ne sont aussi terribles que n'était immense la clameur des Akhaiens et des Troyens, se ruant les uns sur les autres.

Homère n'est pas seulement, peintre de détails réalistes dans les sujets de carnages 1. 11 a les mêmes procédés descriptifs dans les sujets idéalistes, comme dans les adieux d'Hector et d'Andro-

1. Voir dans l'Odyssée l'épisode de Polyphème et celui de Charybde et Scylla.

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