COMMENT DOIT-ON LIRE
d'après eux. tel ou tel auteur, selon l'inclination que l'on a pour tel ou tel genre : étudier Bossuet, si l'on aime l'ample période ; prendre La Fontaine, si l'on préfère le pittoresque ; retenir Corneille, si l'on cherche la grandeur, et Racine, si l'on est amoureux de vérité. Autant de goûts personnels, autant d'auteurs différents.
« Ne sont-ce pas, nous dit-on, des qualités semblables qui attachent à La Fontaine l'adolescence comme le premier âge, la maturité comme la vieillesse ? Ses fables ne sont-elles pas toute la vie humaine mise en scène ? N'y trouve-t-on pas à chaque page un sentiment à côté d'une leçon, une larme après un sourire ? En général, Horace est moins goûté de la jeunesse : il faut avoir vécu pour apprécier la justesse de sa morale ; il faut avoir pris les leçons souvent amères de l'expérience pour se faire l'élève de cette sagesse pratique, où la prudence et la modération deviennent la règle de la vie et l'idéal de la vertu... »
Ce genre de conseils est sans utilité pratique. Je ne crois pas qu'on retire toujours du profit à lire ce que l'on préfère. Le danger d'un pareil choix est de se laisser guider par la pente des défauts que l'on a, bien plus que par le besoin des qualités que l'on cherche. Peut-être gagnerait-on davantage à essayer de goûter ce que l'on n'aime pas. Ces conseils, d'ailleurs, n'apprennent pas le métier d'écrire.
Le principe qu'on doit adopter pour lire avec fruit, le voici :
Il faut lire les auteurs dont le style peut apprendre à écrire et laisser de côté ceux dont le style n'apprend pas à écrire.
En d'autres termes, il y a des auteurs dont on peut et d'autres dont on ne peut pas s'assimiler les procédés. Il faut lire les premiers, de préférence aux seconds.
Les Cours de littérature proposent plusieurs méthodes : V analyse, le recueil d'expressions choisies, le recueil de pensées saillantes, la lecture à haute voix...
On peut, par Vanahjse, se rendre compte de ce qu'on a lu ; mais elle n'enseigne pas à écrire. Juger la production des autres ne rend pas capable de produire. Bien des critiques experts en nuances littéraires seraient incapables de faire preuve de talent. C'est un art que d'apprécier ; c'en est un autre d'avoir du style.
Nous avons dit dans un précédent ouvrage x comment l'analyse littéraire doit être faite pour offrir quelque utilité. Elle doit tendre à la décomposition même du talent et des moyens d'exécution. Nous renvoyons le lecteur à ce passage 2.
Le « recueil d'expressions choisies » est également
1. L'Art d'écrire enseigné en vingt leçons (Librairie Armand Colin).
2. II existe un Guide pratique d'analyse littéraire, par M. P. Monet, professeur de rhétorique à l'Athénée de Bruges. C'est le meilleur livre que je connaisse sur cette matière. Il contient d'excellents conseils. D'autre part, M. Georges Renard, dans un livre de valeur, La méthode scientifique de V histoire littéraire (Alcan) a écrit un intéressant chapitre sur l'analyse interne et externe d'une œuvre.