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kespeare. Taine ajoute en note, comme preuve d'oppositions :
« Comparez les traductions de la Bible par M. de Sacy et par Luther, celles d'Homère par Dacier, Bitaubé, etc., et par Leconte de Lisle. »
Dans son Cours à l'École des beaux-arts, Taine recommandait hautement la traduction Leconte de Lisle comme la meilleure.
Jusqu'alors, en effet, Homère n'avait été traduit que par des savants, par des hommes de cabinet : avec Leconte de Lisle, Homère est enfin traduit par un artiste. C'est Leconte de Lisle qui a rendu Homère lisible et l'a fait sortir de la légende d'ennui où on le reléguait.
On reproche à Leconte de Lisle sa recherche de termes archaïques, ses méprises de noms propres, sa dureté, sa crudité, ses contresens 1. On l'accuse d'avoir changé en rudesse l'inexprimable douceur du style homérique. Tout cela est vrai. Mais Mme Dacier et les autres n'ont rendu ni la vie intense ni la matérialité de la description homérique. Or, ce mérite, du moins, se trouve bien dans Leconte de Lisle, et c'est le fond même d'Homère, son caractère, son génie. Quant à sa langue, personne malheureusement n'en exprimera jamais la qualité incomparable. En tout cas, la fadeur de
1. Le reproche n'est pas nouveau. Montaigne nous apprend qu'on a critiqué aigrement la traduction d'Amyot, qui a popularisé Plutarque. (Voir Sainte-Beuve, Poésie Française au XVI? siècle, p. 399.)