LÀ COULEUR DESCRIPTIVE
Saavédra avait élevé un fort. Il était difficile d'aller plus loin, car, au dire des pilotes, on trouvait bien encore, vers le sud, quelques îlots dangereux, puis ce n'était plus qu'une mer sans fin. Cependant, sa caravelle avait mouillé dans les criques des grandes îles de l'Est, où vit la manucodiaque. C'est un oiseau rare, semblant fait de verre filé, couleur d'écarlate, et sa queue porte deux mains avec lesquelles il se suspend aux arbres.
Sa soif des nouveautés était si grande, qu'il lui avait fallu aller à Luçon, à Manille, et aussi à l'île de Banka, où les Malais exploitent des mines d'étain. Et puis il avait continué à voyager, pour apprendre. Dans les hypogées de l'Egypte, il avait cherché a surprendre les secrets des morts ; et des vieux, persécutés par les gens de Mahom, lui avaient révélé le mystère du scorpion. Il se rappelait leur voix chevrotante, quand ils lui disaient les arcanes que leurs ancêtres tenaient des derniers sacerdotes : la mort d'Osiris, le Rituel des Juges, le Livre des Ames, la douleur d'Isis, le dévouement du fidèle Anubis, les cynocéphales gardiens des tombeaux. Et, encore, il s'en était allé, pour entendre la parole des Parsis et des Guèbres, adorateurs du feu, qui font manger leurs morts par les oiseaux du ciel. Il ne s'était pas scandalisé de ces choses, non plus que des sorciers des Nègres. Ceux-là n'étaient cependant guère sages, car ils clouaient les crânes des voyageurs au tronc des arbres et s'imaginaient que les harpes suspendues aux branches des sycomores étaient touchées la nuit par les Esprits. Ce qui l'amena à penser aux derviches qui tournaient à en mourir, avec des robes en forme de cloche; d'autres se tailladaient le vteage avec des lames tranchantes, et ils paraissaient pleurer du sang; d'autres, encore, exhibaient, au son des flûtes, des serpents enroulés dans des corbeilles, et puis ils les faisaient danser.
(Maurice Maindron, Le Tournoi de Vauplassans.)
Un autre auteur écrit, dans ce genre, cette paraphrase poétique sur les Indes :
Appuyée à mon bras, elle me décrivait la suavité de ce voyage, elle m'énumérait les merveilles à voir ; les palais des radjas aux dômes blancs sous la lune ; les temples inouïs avec leurs colosses aux yeux en boule de verre, qui dorment muets et terribles au fond des salles éternellement ténébreuses; les nécropoles démesurées, les monuments où sont entassées plus de pierres que pour une ville, les terrasses chaudes où piétine au son des tambours le tournoiement des bayadères lascives, rafraîchissant au vent de leurs danses les fumeurs à longues pipes, assis en rond, les jambes croisses.
Nous franchirions les portas énormes des citadelles. Nos pieds se prolongeraiem aans le miroitement des mosaïques qui dallent les mosquées. Nous irions chez les Gounds. Nous entendrions aboyer les chacals. Nous regarderions les fakirs ouvrir leurs paupières au soleil et les jongleurs charmer les reptiles en jouant de la flûte.
Nous mangerions du miel dans les cabanes des Védahs. Balancés en palanquins, portés sur le dos des éléphants, nous traverserions des forêts de cocotiers pleines de paons et de colibris. Nous visiterions les couvents bouddhiques, les habitations des padishas, et nous voguerions en caïques sur le Gange, au parfum des orangers et des jasmins, au bas des montagnes où l'on trouve l'onyx et le lappi-lazzuli.
Si Flaubert est un frappant exemple de la bonne assimilation de Chateaubriand, Marchangy et le vicomte d'Arlincourt sont restés célèbres par leur mauvaise imitation du même auteur. En faisant le rebours de ce qu'avait fait Flaubert, c'est-à-dire en empruntant seulement ce que Chateaubriand