LA DESCRIPTION GÉNÉRALE ! PLÉCHIER
pas grand'chose là-dessus ; il ne connaît guère que le bruit public. Il ne cite donc pas de faits. Il fait son morceau de rhétorique et décrit cette désolation comme eût pu le faire un élève de seconde : Ici on pleure sa mort ; là on bénit sa mémoire ; l'un a vu ses récoltes sauvées par lui ; l'autre a gardé l'héritage de ses pères, etc.
Voici le passage :
Que de soupirs alors, que de plaintes, que de louanges retentissent dans les villes, dans la campagne ! L'un, voyant croître ses moissons, bénit la mémoire de celui à qui il doit l'espérance de sa récolte ; l'autre, qui jouit encore en repos de l'héritage qu'il a reçu de ses pères, souhaite une éternelle paix à celui qui l'a sauvé des désordres et des cruautés de la guerre : ici, l'on offre le sacrifice adorable de J.-C. pour l'âme de celui qui a sacrifié sa vie et son sang pour le bien public ; là, on lui dresse une pompe funèbre, où l'on s'attendoit de lui dresser un triomphe : chacun choisit l'endroit qui lui paroît le plus éclatant dans une si belle vie ; tous entreprennent son éloge ; et chacun, s'interrompant lui-même par ses soupirs et par ses larmes, admire le passé, regrette le présent, et tremble pour l'avenir. Ainsi tout le royaume pleure la mort de son défenseur, et la perte d'un homme geul est une calamité publique.
(Fléchier, Oraisons funèbres.)
Tous ces détails, bien présentés et élégamment exprimés, pourraient s'appliquer à la mort de n'importe quel bienfaiteur de l'humanité ou de n'importe quel grand homme. C'est le développement rhétoricien et oratoire de ce thème : « Il a fait
du bien et on le regrette». Sujet de discours français développé par un bon élève.
Ces sortes de descriptions abondent malheureusement dans notre littérature. Encore une fois ce n'est pas le sujet, c'est le procédé d'exécution qui les rend générales. On pourrait citer, dans ce genre, bien des morceaux de Saint-Lambert, Fénelon, Thomson, Raynal, Marmontel.
Dans une pièce de ses Nouvelles Méditations intitulée Préludes, Lamartine nous a donné plusieurs descriptions générales où il a mis bien du talent. Nous voulons parler de sa fameuse Bataille. Ce tableau contient des sensations et des images admirables, qui ne sont belles que parce qu'en ce momentlà elles se particularisent et peuvent s'isoler, donner le change. Ce qui est blâmable c'est de faire avec cela un ensemble anonyme, un devoir de rhétorique. Ce genre est faux. Ou nous décrit un fils qui meurt en songeant à sa mère, un fiancé qui ne reverra plus sa fiancée ; on nous dit que le canon gronde ; on nous représente la mêlée humaine, les hommes fauchés, etc. Comme tout cela peut se dire de n'importe quelle bataille, le talent et la vie que vous déploierez ne prouveront qu'une chose : l'effort que vous aurez fait pour circonstancier, pour particulariser votre description, pour la tirer précisément de cette abstration, de cet anonymat qui la condamne.
« Aucune description perdue dans des généralités ne peut être bonne, dit le critique Blair ; car nous