‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 79 sur 141 · DANGER DES DESCRIPTIONS CÉNÉB.AI.ES · texte numérisé non relu

DANGER DES DESCRIPTIONS CÉNÉB.AI.ES

N'oublions pas l'orage de l'abbé Barthélémy :

Bientôt nous vîmes la foudre briser à coups redoublés cette barrière de ténèbres et de feu suspendue sur nos têtes ; des nuages épais rouler par masses dans les airs, et tomber en torrents sur la terre ; les vents déchaînés fondre sur la mer, et la bouleverser dans ses abîmes. Tout grondait, le tonnerre, les vents, les flots, les antres, les montagnes ; et, de tous ces bruits réunis, il se formait un bruit épouvantable qui semblait annoncer la dissolution de l'univers.

Nous pourrions continuer à citer de pareils extraits pris dans Dupaty, Saint-Lambert, Delille, etc.

C'est le triomphe de la description générale. Ces écrivains croyaient peindre fortement. Leurs descriptions sont sans éloquence, parce que rien n'est vu, rien n'est particularisé. Cette abondance tonitruante glace l'émotion pour vouloir l'outrer.

Voici, maintenant, comme contraste, une vraie éruption de volcan. C'est la première éruption du Vésuve, en 79. Elle a été décrite par un témoin oculaire, Pline le Jeune, qui en fait le récit suivant à son ami Tacite :

Mon oncle était à Misène et commandait la flotte en personne. Le neuvième jour avant les calendes de septembre, vers la septième heure, ma mère l'avertit qu'il apparaissait un nuage d'une grandeur et d'une forme extraordinaire... Mon oncle demande ses sandales et monte dans l'endroit d'où ce prodige était le plus visible. A le voir de loin, il était difficile de distinguer de quelle montagne sortait le nuage. (Nous sûmes depuis que c'était du Vésuve.) Le pin est de tous les arbres celui qui «m représente le mieux la ressemblance et la forme.

tlA FORMATION- DU STYLE 6

C'était comme un tronc fort allongé qui s'élevait très haut et se partageait en un certain nombre de rameaux. Je suppose qu'il était d'abord soulevé par un souffle impétueux ; puis qu'abandonné par ce souffle qui faiblissait ou même affaissé par son propre poids, il s'atténuait en s' élargissant. Il était tantôt blanc, tantôt sale et tacheté, selon qu'il avait entraîné de la terre ou de la cendre. Un savant tel que mon oncle jugea ce phénomène considérable et digne d'être étudié de plus près...

Déjà la cendre tombait sur les vaisseaux, et, plus on approchait, plus elle était chaude et épaisse ; puis c'étaient des pierres ponces et des cailloux noircis, calcinés, brisés par le feu ; déjà le fond de la mer s'était subitement élevé et la montagne en s'écroulant rendait le rivage inabordable... Cependant on voyait luire en plusieurs endroits du Vésuve des flammes très larges et des jets de feu s'élevant très haut, dont la lueur éclatante était avivée par les ténèbres de la nuit. Pour calmer la frayeur de ses hôtes, mon oncle leur répétait que des paysans, dans leur fuite précipitée, avaient laissé du feu dans leurs maisons et que c'étaient les maisons qui brûlaient dans la solitude... Mon oncle alla se coucher et dormit d'un réel sommeil.

La pluie de cendres est telle qu'on le réveille, car il n'aurait pu sortir de sa chambre. On délibère pour savoir s'il ne vaut pas mieux aller en rase campagne.

Pline continue :

Les bâtiments chancelaient. Ébranlés par de violentes secousses et comme arrachés de leurs fondements, ils semblaient aller de côté et d'autre, puis revenir à leur place. D'autre part, en plein air, on avait à redouter la chute des pierres ponces. La comparaison fit choisir ce dernier péril. On s'attacha des oreillers sur la tête avec

Page 1