‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 8 sur 141 · Diderot, Lettre sur les sourds et muets · texte numérisé non relu

Diderot, Lettre sur les sourds et muets

2. Au xvii* siècle, la faveur va à Virgile, non à Homère, maigre la lutte de Mme Dacier, Boileau et Racine. Le xvin» siècle est pour Voltaire contre Shakespeare. La Harpe nie Eschyle. — Vclr, au sujet du goût, les Essais sur le goût de Marmontel et d« Montesquieu ; MD,e de Staël {De la littérature, 2e partie, II) ;

DÉVELOPPEMENT DU GOUT il

Ronsard et qu'Homère a été méprisé par les partisans de Perrault, qui représentaient alors la culcure intellectuelle française. Kippolyte Rigault a pu écrire avec raison :

« Qui avait plus de goût que Racine et Boileau ? Et pourtant Boileau découvre dans Homère la noblesse qu'Homère n'a jamais cherchée, et Racine invente Arcas, un de ces gentilshommes, comme dit Mme Dacier, qu'Agamemnon n'a jamais eus \ »

Pour lire avec discernement il faut donc avoir du goût. Le goût seul éclaire la lecture, montre les beautés et les défauts. Mais, s'il est nécessaire à priori, n'oublions pas qu'à son tour la lecture le crée, l'augmente, le transforme.

« Le goût, dit J.-J. Rousseau, se perfectionne par les mêmes moyens que la sagesse... On s'exerce à voir comme à sentir, ou plutôt une vie exquise n'est qu'un sentiment délicat et fin... Combien de choses qu'on n'aperçoit que par sentiment et dont il est difficile de rendre raison !... Le goût est en quelque manière le microscope du jugement ; c'est lui qui met les petits objets à sa portée, et ses opérations commencent où s'arrêtent celles du dernier. Que faut-il donc pour le cultiver ? S'exercer à voir, ainsi qu'à sertir2.»

Cet exercice, c'est à la lecture qu'il faut le deman-

Taine, Ancien régime, I (L'esprit classique) ; Voltaire, Dictionnaire philosophique, Goût ; La Bruyère (I, 10 et suiv.) ; Diderot, Réflexions sur Térence ; Vauvenargues, Joubert, etc.

1. H. Rigault, Histoire de la querelle des Anciens et des Modernes, p. 360.

•. Rousseau, Nouvelle Hélolse, Jr* partie, lettre XII.

der. Pour cela, la lecture doit être variée. Il est nécessaire de connaître l'art sous tous ses aspects, pour échapper aux théories exclusives et aux préjugés d'école.

Efïorcez-vous donc d'abord de n'avoir pas de parti pris. Persuadez-vous qu'il n'y a ni réalisme, ni idéalisme, ni bon ni mauvais sujet (je ne dis pas : ni morale, bien entendu) ; mais que, à part la morale, condition primordiale de toute œuvre, la grande question est celle-ci : « Y a-t-il du talent dans un ouvrage ? Pourquoi y en a-t-il ? et comment pni«-je en profiter ? »

Si un livre, réputé bon, vous coûte à lire, surmontez-vous. Habituez-vous à comprendre ce que vous n'aimez pas, afin d'arriver à aimer ce que vous n'aviez pas compris. L'esprit a ses injustices, ses partialités, ses éloignements instinctifs. J« connais des gens qui s'y sont pris à plusieurs fois pour goûter cet admirable Montaigne, qui devrait être le livre de chevet de tout littérateur. On ne s'assimile rien instantanément \

Le livre que vous ne pouviez pas souffrir il y a dix ans, vous l'appréciez aujourd'hui ; et ce que vous admiriez autrefois vous paraît maintenant fade. 11 y a des gens qui tranchent, rejettent et condamnent sans avoir lu. Tâchons de ne pas leur ressembler.

La lecture superficielle, hâtive, incomplète, voilà

1. t On ne devient pas très instruit, a dit Joubert, quand on ne lit que ce qui plaît •

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