LE PORTRAIT BANAL : MASSILLON
mands du xvue siècle, qu'il a puisé les couleurs et les nuances de ce portrait de Valstein *. »
Cette page de Daunou résume nos conseils. De pareilles remarques ont une importance capitale, parce que, soit qu'on écrive de l'histoire, soit qu'on écrive des romans, des nouvelles ou des contes, les règles restent les mêmes Si les traits d'un personnage de roman peuvent s'appliquer à toute espèce de personnages, le personnage est mauvais. Il faut des personnages généraux, mais avec des détails particuliers. Un tel peut exister à des milliers d'exemplaires, mais il faut qu'on reconnaisse que c'est un tel et non un autre. Les romanciers médiocres font des portraits de jeunes filles ; mais bien peu savent faire le portrait d'une jeune fille.
« Lorsque Massillon, dit l'abbé Maury, prêcha son sermon sur l'assomption de la sainte Vierge, aux religieuses de Chaillot, devant la reine d'Angleterre, il crut devoir placer, de courtoisie, dans ce discours le portrait du prince d'Orange, comme un moyen adroit et convenable de plaire à l'épouse du roi détrôné par lui, Jacques II, en présence de laquelle il parlait. Son talent le servit fort mal dans cette occasion. Il parut oublier, en ajoutant aux prétentions de la plus injuste partialité les pléonasmes d'une élocution déclamatoire, et surtout en déguisant mal la flatterie sous le voile de la détraction, qu'il serait jugé lui-même un jour sur cette même dia-