QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR DEVOIR SOCIAL
La formation sociale de l'Ingénieur nous apparaît indispensable en raison même de la nature de ses fonctions. À toute fonction correspond des devoirs. Si nous avons tous des devoirs envers la société, dont nous sommes membre, il est normal de reconnaître un devoir social particulièrement impératif à ceux qui ont une fonction de gestion et de commandement. On peut définir le devoir social de l’Ingénieur : celui qui tend à améliorer les conditions d’existence de tous ceux qui participent à la vie de l’entreprise. Il s’étend à la vie professionnelle et familiale des ouvriers. Il nous apparaît notamment comme un moyen d'éducation de la masse ouvrière, un moyen d’élever le niveau de vie de l’ouvrier, un moyen de défendre les droits du travailleur, mais aussi de lui rappeler ses devoirs. Le devoir social agissant prescrit un ensemble de mesures qui crée une atmosphère de confiance, de compréhension, de sympathie. Ce climat fait naître dans l’usine le sens de l’esprit d’équipe, assure la collaboration de tous et partant le succès de l’entreprise. La formation sociale de l’Ingénieur, en donnant à ce dernier une claire notion de ses devoirs et de ses responsabilités, cherche à améliorer la condition économique de la classe ouvrière et à permettre le développement pacifique du bien-être général.
Dans une usine, il n’y a pas que des machines à surveiller, des commandes à satisfaire, des livres de caisse à vérifier, il y a des hommes à commander, des hommes qui travaillent pour vivre et faire vivre les leurs, et puis il y a le pays.
Le caractère essentiel des devoirs que nous analysons
est d’être avant tout humain. Le problème sera souvent simplifié si l’on veut bien se souvenir que le manœuvre, l’ouvrier spécialisé, la dactylo, le secrétaire, le factionnaire, l’ingénieur, le patron ont en commun une qualité essentielle qui est d’être homme. La primauté de l’humain doit inspirer nos pensées et nos actes. Le travailleur ne doit pas être asservi au mécanisme économique, mais ce dernier doit être assoupli, agencé pour tenir compte au maximum des besoins des individus et des familles. L’Ingénieur ne doit pas se détacher de la masse, s’en désintéresser et s’enfermer dans une tour d'ivoire. L’Ingénieur ne sera membre actif de « l’élite qui est levain et sel » que s’il pénètre la masse pour la transformer et la faire lever. M. Dautry, le 29 décembre 1939, écrivait (1) aux directeurs des Etablissements militaires dépendant du Ministère de l’Armement : « Vous ferez de votre établissement une équipe tout entière ardemment consacrée à la victoire. Je sais les obstacles que vous rencontrerez : ils sont d’ordre moral et d’ordre matériel. Les premiers, vous les vaincrez, à une seule condition : c’est que nul n’ait jamais le droit de penser que vous êtes animés d’une arrière-pensée politique ou d’un esprit de régression sociale : c’est que tous soient contraints de reconnaître que vous poursuivez seulement le plein accomplissement de votre rôle de chef.
« Les seconds, vous les vaincrez aussi.
« Vous créerez un service de médecine industrielle qui ne se contente pas des soins d’urgence aux accidentés, mais qui soit pour vous un collaborateur, pour vos ouvriers un soutien de tous les instants. Le médecin d'usine doit prendre en charge chaque ouvrier à son arrivée, le suivre, contrôler son poids, intervenir, chez ce tuberculeux assoupi, dès que la température s’élève, chez une femme enceinte, non pas au huitième mois de la grossesse, mais dès qu’elle se révèle. Il doit obtenir de vous toutes les modalités de travail nécessaires pour la sauvegarde des santés débiles ou atteintes, au besoin
() Reproduit dans Votre Main-d’œuvre, Guide n° 2 du Fournisseur du Ministère de l’Armement.