QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR DEVOIR SOCIAL
signaler un horaire mal étudié, une cadence de chaîne trop rapide.
« Vous veillerez aux moyens de transports et à leurs horaires pour que les ouvriers aient le temps d’un repos suffisant; partout où ce sera possible, vous remplacerez, d'accord avec la Défense Passive, le «bleutage» des vitres par des volets ou rideaux, pour rendre aux ateliers la lumière solaire; vous étudierez le meilleur éclairage des machines, la possibilité d’y asseoir l’ouvrier et surtout l’ouvrière fatigués.
« Vous établirez des cantines, des lavabos et des vestiaires et, le cas échéant, des garderies; vous poursuivrez la fermeture des établissements qui sont des foyers de trouble.
« Vous vous appuierez à fond sur vos assistantes sociales et vous collaborerez sincèrement, amicalement avec les représentants du personnel qui devront toujours être dignes de cette confiance.
« Par-dessus tout, vous établirez et vous garderez le contact direct avec vos hommes. Sévère aux fautes professionnelles, sans pitié pour les fautes morales, vous n’oublierez jamais que l’homme puni peut avoir une femme et des enfants et vous vous pencherez sur leur sort. Parlez, expliquez, convainquez : le Français veut comprendre ; quand il ne comprend pas, il critique d’abord et se cabre ensuite. Que tous les chefs sous vos ordres participent à votre action; que, jusqu’au plus modeste des manœuvres, chacun se sente dépositaire et responsable d’une parcelle de l'effort français.
« Cette œuvre, menez-là dans un esprit d'amitié et de justice. »
A la lumière de ces vérités premières apparaît plus clairement la notion de devoir social et l’importance de la formation sociale. L’Ingénieur qui reconnaîtra l’existence de ces valeurs humaines, les sauvegardera en défendant les individus, les familles, la race, le pays contre les exigences tyranniques de certaines ambitions désordonnées et corrompues.
A tous les Ingénieurs qui brûlent de se donner, qui ne veulent pas abdiquer, l’œuvre immense et sans cesse per-
fectible qui se dégage du devoir social, apporte une raison de se battre, un sens à leur vie, un moyen de servir, de combattre et de vaincre.
Les relations du patronat et des travailleurs n’auraientelles pas été différentes si le patronat, directement ou par l'intermédiaire de ses directeurs, chefs du personnel, ingénieurs, agents de maîtrise, assistantes sociales, avait rempli sa fonction de maître, d’éducateur et de chef. Mais les grandes tâches ne s’accomplissent pas sans un certain climat, il faut la foi, l'enthousiasme. L’action d’un homme, d’une entreprise ne doit pas être jugée uniquement du point de vue financier, mais encore du point de vue de l'intérêt de la famille, de l’entreprise, du pays. Pour que l'Ingénieur puisse faire revivre sur le plan professionnel l'esprit de famille, l’esprit de collaboration qui donnera à l'individu le mieux-être matériel et moral, il faut non seulement qu’il comprenne dans toute son étendue l’importance du devoir social, mais encore qu’il ait habitué son esprit à penser social, que son attitude, sa façon d’être, de commander, de décider restent dans la note sociale. Maïs penser social, agir social ne seront possibles pour l’Ingénieur que le jour où, à la faveur de l’éducation, de l’expérience, d’une discipline sévère, il aura réussi à se forger une âme, un esprit social.