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Ï. — LE PATRON ET L'OUVRIER EN

L’ouvrier mécanicien vers 1860 était déjà favorisé par rapport à ses camarades des autres corporations. Son salaire était de 5 à 6 francs par jour, mais en 1914 il s’éleva jusqu’à 10 et 11 francs. L'atelier où il travaillait était à peu près sain. Malheureusement son logement était exigu, éloigné du lieu de travail et devait abriter une famille qui se composait presque toujours de 2 ou 3 enfants. La pénurie des moyens de transport l’obligeait à quitter sa maison dès 5 ou 6 heures du matin. Entre midi et une heure il prenait un repas frugal, la plupart

(1) Cf. Discours de M. André Garnier, Président de la Société des Ingénieurs civils pour 1937.

du temps réchauffé sur la chaudière, et il terminait son travail vers 6 ou 7 heures du soir. Il lui restait peu de temps pour prendre part à la vie familiale, heureusement la femme ne travaillait pas à l’usine et était souvent une excellente ménagère.

Le salaire était établi d’après la loi de l'offre et de la demande. Il fut payé d’abord à l’heure, puis aux pièces, mais le prix des pièces fut fixé de manière à limiter le gain de l’ouvrier le plus habile.

Malgré ces conditions sévères les rapports des ouvriers et des patrons étaient empreints de confiance et de cordialité, et l’industrie fit, à cette époque, de rapides progrès.

Les industriels connaissaient parfaitement la technique de leur métier. Ils vivaient près de leurs ouvriers, les connaissaient. Les ouvriers estimaient les patrons qui savaient conduire un tour, travailler à l’étau et, dans des circonstances difficiles, les aider avec discrétion.

Les entreprises étaient d'importance moyenne, 50 à 500 ouvriers; peu d’ateliers mécaniques groupaient 500 ouvriers.

Le patron, habitant souvent à l’usine, pouvait facilement en contrôler la marche. Il connaissait d’ailleurs personnellement tous ses ouvriers. Il ne cumulait pas alors la direction de plusieurs entreprises.

Il reconnaissait que «l'on peut obtenir ce que l’on veut de l’ouvrier à condition de connaître son métier et d’être juste ».

L’ouvrier avait la fierté du travail bien fait, une réprimande un peu rude en présence de ses camarades lui était très sensible; la mise à pied temporaire ou le renvoi étaient des sanctions graves, qu’on n’hésitait pas à prendre en cas de faute professionnelle caractérisée, mais l’on savait que la stabilité dans le personnel est une condition essentielle à la collaboration fructueuse.

Le patron surveillait lui-même l'apprentissage.

Certaines fêtes permettaient une sorte de contact familial entre patrons et ouvriers. On apprenait à mieux se connaître.

L’excellence de ces relations, néanmoins, n’alla pas sans heurts violents. 11 y eut des abus d’autorité, des demandes

d'augmentation de salaire mais, manifestement, la bonne foi présidait à la recherche d’un accord.

On peut donc dire qu’à cette époque il y avait des liens réels de solidarité entre patrons et ouvriers alors unis par une confiance réciproque née de la valeur professionnelle du chef et du travailleur, valeur professionnelle enrichie chez le patron par un certain souci de justice et de compréhension humaine.

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