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L'ESPRIT SOCIAL

Ainsi la formation sociale nous apparaît désormais comme une discipline de l'esprit et du cœur qui nous permet d’entrevoir clairement et dans toute son étendue le devoir social et arme notre volonté en vue de son accomplissement intégral. Le devoir social de l’Ingénieur, en particulier, consiste, comme nous l’avons dit précédemment, à prendre toutes mesures qui améliorent les conditions de vie de tous ceux qui travaillent à l’intérieur de l’entreprise.

L’Ingénieur formé à cette discipline possédera petit à petit un esprit social qui lui permettra de résoudre à son avantage des répliques du problème social; celui-ci consistant essentiellement à substituer à une opposition anarchique des intérêts et des efforts la coordination harmonieuse de toutes les forces qui existent dans une entreprise en vue du succès de cette dernière. « Etre social, c’est savoir créer une atmosphère de confiance, de compréhension et de sympathie qui, dans une entreprise, fait naître l’esprit d’équipe, qui assure la collaboration de tous sans réserve, et qui fait travailler avec entrain à l’œuvre commune » (1).

Mais pour hâter le règne de l’esprit social, il faut savoir que nous poursuivons la construction d’une organisation qui permettra non seulement une certaine production de richesses économiques, mais donnera à l’homme, à l’ouvrier une occupation normale qui lui assurera, en plus du vivre et du couvert, des satisfactions d’ordre spirituel. L’ouvrier ne travaillera avec entrain, enthousiasme que

(1) Extrait de : L’apprentissage et le Service social par M. QUANTIN. (Conférences de Service social), p. 128.

s’il a conscience de ne pas accomplir des gestes machinaux et matériels qui lui rapportent une certaine somme d'argent, mais de participer à une tâche immense qui assure l’existence du pays et des valeurs morales dont il aura appris à connaître le prix, parce qu’on lui aura accordé les satisfactions d’ordre spirituel dont nous parlions tout à l’heure.

Le problème du travail doit être envisagé dans toute son ampleur et placé à cette fin sur le plan national. Le travailleur à l’usine, qu’il soit ingénieur, spécialiste ou manœuvre, n’accomplit pas un acte purement matériel, il participe à la prospérité de l’entreprise, de sa région, voire en certaines circonstances au salut de la patrie.

Le sentiment de l'intérêt commun ne peut exister que si la collaboration apporte à chacun, et non pas à quelques-uns seulement, une équitable rémunération de ses efforts. La collaboration ainsi comprise fait naître tout naturellement l’esprit social chez tous les collaborateurs; esprit social qui devenant une façon de penser, de sentir et d’agir, accapare l'être tout entier pour devenir une sorte d’état d'âme.

Trop de patrons n’ont vu dans la collaboration que le côté matériel qui assure pendant un certain temps un rendement meilleur. Le côté humain leur a échappé, et cependant pour nous, Français, il est l’essence même de lesprit de collaboration qui a sur la production, en qualité et en quantité, une si large répercussion.

Lorsque des conflits sociaux éclatent dans l'usine, le chef d’entreprise impartial et objectif, son enquête terminée, s'aperçoit parfois que la technique ne suffit pas à assurer la conduite des affaires; il importe donc que tous les cadres aient un minimum de connaissances et de préoccupations sociales qui les rendent aptes à conseiller, à aider efficacement le personnel dans la vie de chaque jour.

C’est l’expérience, certes, qui est la grande éducatrice dans l’art de conduire les hommes, c’est l'expérience qui peut nous apprendre leurs besoins, leurs goûts, leurs misères, leurs aspirations; mais si, dès l’école, nous connaissons l’importance du côté humain dans la réussite

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