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L'ESPRIT SOCIAL

d’une entreprise, nous serons plus attentifs aux leçons de l’expérience et nous arriverons rapidement au rendement maximum. « Si, écrit M. Goineau, dans le choix de ceux auxquels on confie un commandement, la sélection s’inspire de considérations intellectuelles et techniques, on ne se préoccupe pas toujours suffisamment du rôle social qui incombe à un homme dont l’action s’exerce sur d’autres hommes » (1). Un chef, s’il veut être reconnu comme tel, doit avoir la volonté constante du bien-être de son personnel. L’esprit social naît de l’importance reconnue aux facteurs humains dans l’exercice du commandement. Le véritable chef ne sacrifie pas l’homme à la production considérée par certains comme le moderne veau d’or. Il sait, et il exige que ceux qui sont sous ses ordres en aient également conscience, que tout travail matériel est obtenu par un ensemble d'efforts humains ; qu’une réalisation technique, purement technique, n’est que le résultat d’efforts humains appliqués à la matière.

Si l’on reconnaît la part de l’homme dans un travail, si on ordonne et règle ce dernier en conséquence, on créera les conditions dans lesquelles naît et se développe l'esprit de collaboration. Ces préoccupations sociales deviennent un état d'esprit qui se manifeste dans tous les gestes et les démarches du chef. Celui-ci sera alors reconnu comme le plus apte à conduire le travail. On admettra qu’il redresse les erreurs et les défaillances, et on le tiendra pour le conseiller, voire le confident.

Surtout, que l’Ingénieur ne se laisse pas tenter par le trop facile « A quoi bon? Les exécutants sont des hommes, médiocres comme la plupart des hommes. Ils seront toujours les mêmes. On perd son temps à vouloir faire quelque chose de nouveau ».

Il existe une sorte de pessimisme du commandement. Ce genre de philosophie n’est fait que de mollesse, de nonchalance et d’égoïsme. Certes, il ne faut pas tomber dans le travers opposé de la théorie socialiste qui ne tient pas suffisamment compte de la nature humaine et a tendance à croire en la perfectibilité infinie des hommes.

(4) Le Problème de la formation sociale des cadres, p. 4 par M. A. Goineau.

L’Ingénieur doit avoir la foi et ainsi il créera autour de lui l’entrain, la joie dans le travail. Il lui faudra de la ténacité, car nous sommes en période de scepticisme et de doute; du courage et de la volonté, car il rencontrera la lâcheté, les préjugés, l’habitude et l’inertie. Mais le jour où les Ingénieurs sentiront social, agiront social, parce que le social sera entré dans leur vie, sera installé en eux, ils pourront, sans faiblir, rappeler à tous les vérités.

Ayant éclairé les ouvriers sur leurs droits, ils sauront exiger d’eux qu’ils accomplissent leurs devoirs, et alors seulement ils pourront être fiers et se laisser aller à la satisfaction du chef qui a accompli son rôle de conducteur d'hommes.

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