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LE DÉLÉGUÉ-OUVRIER A L’USINE

Le syndicalisme a, depuis longtemps, réclamé une institution de délégués-ouvriers chargés de sauvegarder les intérêts matériels et moraux de la classe ouvrière.

La marche rapide des événements de juin 1936 en permit l'établissement. Mais en 1916, en Allemagne comme en France, des comités de délégués avaient déjà fonctionné.

L'article 5 des accords Matignon fixe ses attributions : «Les délégués ont qualité pour représenter à la direction les réclamations individuelles qui n'auraient pas été directement satisfaites, réclamations visant à l’application des lois, décrets, règlements du Code du travail, tarif des salaires, mesures d’hygiène et de sécurité ».

Les pouvoirs critiques, et seulement critiques, accordés aux délégués, et exercés parfois avec une passion partisane ont blessé l’amour-propre des chefs et envenimé les rapports des ouvriers avec la maîtrise au lieu de faire naître une mutuelle compréhension des droits et des obligations de chacun.

Que faut-il penser des délégués-ouvriers?

Le délégué d’usine, créé en pleine passion politique, dans des circonstances où la force faisait office de droit, où les luttes partisanes gonflaient le cœur et faisaient chanceler l'esprit, n’a pas été très populaire dans le milieu patronal. Actuellement il ne faut plus en parler. Il est vrai que certains syndicalistes avaient demandé une extension de leurs fonctions qui rappelait un droit inquisitorial. Dans les limites de l’accord Matignon, nous pensons que le délégué d’usine pourrait être précieux pour la paix de l'usine, pour le rendement du travail, pour le bien-être du travailleur. Il est important que les désirs de celui-ci ne soient pas étouffés par un contremaître autoritaire ou incompréhensif, ou même par la seule crainte de l'intéressé d’être regardé comme un mauvais esprit. Dans certaines usines, avant cette institution, l’ouvrier craignant de perdre sa place, continuait son travail dans des conditions dangereuses, parfois mortelles.

Si chacun à l'usine avait l’esprit social et remplissait ses fonctions, le délégué d’usine n’aurait point de raison d’être.

L’ouvrier a ses défauts, sa mentalité de classe, mais le patron sait-il toujours que son entreprise se compose d'hommes avec un corps et une âme, une famille, des joies personnelles, des besoins, des désirs, des espoirs. Nous avons entendu dire, dans des cabinets patronaux : nous avons été maladroiïits alors qu’ils avaient manqué de cœur et d'esprit fraternel. Quand une bielle casse faute d'huile, on prend la décision de vérifier le niveau à l’avenir, mais cette mesure ne traduit aucune affection. Et cependant, il n’y a pas de déception plus terrible que celle de l’homme qui pensait qu’on s’intéressait à lui pour luimême, qui s'aperçoit qu’on surprend sa bonne foi, qu’on poursuit une fin dont il n’est que le moyen.

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