NAISSANCE DE L’IDÉE SOCIALE
la fameuse loi Le Chapelier, interdisant toute association, porta le dernier coup à ce vieux système. Cette fois, en interdisant l’association, on avait substitué l'isolement à la contrainte et il y eut bientôt une crise économique qu’on attribua à la guerre. Sous le Consulat il y eut un renouveau économique. Les hommes, pris par la conscription, furent remplacés, dans les ateliers, par les femmes et les enfants.
Malgré cette reprise économique on dut créer des institutions d’assistance. Sous le Consulat on comptait environ 45 sociétés de secours mutuels. À ce moment, on voit poindre un commencement de politique sociale. Pour permettre le développement de l’industrie minière dans la région de Liége, l'Etat fonda une caisse d’assurance ouvrière contre la vieillesse, la maladie, les accidents.
Après la chute de l’Empire survint la révolution industrielle qui eut des conséquences désastreuses pour l’ouvrier. La production restait paralysée par la désorganisation, les crises périodiques et l'ignorance des débouchés.
Cet arrêt entraînait pour les ouvriers la réduction des salaires, une durée excessive de la journée de travail, en un mot la misère. C’était, dit M. Pinot (1), « une réelle exploitation des forces humaines et surtout de la femme et de l’enfant ».
La classe ouvrière était condamnée à un labeur écrasant et gagnait péniblement le pain de chaque jour.
Les ateliers, à cette époque, étaient dangereux, insalubres et sales. Les descriptions faites par certains écrivains semblent incroyables : «Ici voltige une épaisse poussière de coton ou de chanvre qui s'attache à la gorge et provoque la toux; les simples visiteurs ne peuvent respirer dans ces tristes asiles, et pourtant les ouvriers y passent leurs journées. Ici une eau noire couvre le sol où la chaleur lourde fait monter le thermomètre à 34 et 40° (2).»
(1) Por, Les œuvres sociales des industries métallurgiques, Paris. (2) LevassEUR, Histoire des classes ouvrières et de l’Industrie en France de 1789 à 1870, p. 701.
Les maladies professionnelles faisaient, dans les rangs des ouvriers, de terribles ravages. La tuberculose décimait les polisseurs d’acier et les ouvriers qui faisaient la pointe des aiguilles. (A Sheffield on n’atteignait pas trente ans.) Les ateliers étaient étroits, mal éclairés, les machines causaient de fréquents accidents. Et ces ateliers prenaient figure de palais aux yeux de l’ouvrier qui habitait d’effroyables taudis (1).
Les découvertes, l'introduction des machines favorisèrent l’essor industriel et créèrent une certaine prospérité. De nombreux banquiers et industriels s’enrichirent, mais la situation des classes laborieuses ne s’était guère améliorée. Aussi le dogme de non-intervention, professé jusqu’alors par l'Etat, apparut comme désuet. Le second Empire essaie une législation du travail. C’est d’abord la loi du 25 mai 1864, sur la légalité de la coalition, puis des lois protégeant le travail des femmes et des enfants.
L'intervention de l'Etat reste insignifiante si l’on songe à la situation générale, mais l'initiative patronale fait son apparition.
Les industriels, qui comprirent qu’il fallait agir, trouvèrent dans les ouvrages de Le Play et de l'Ecole d’Economie sociale de nouvelles raisons de s'intéresser au sort des ouvriers.
Mais le caractère de patronage provoqua la résistance des milieux syndicaux et en général l'hostilité des partis avancés contre les institutions patronales.
On créa des cités-jardins, des maisons ouvrières, etc. Peu à peu les œuvres se développent, perdent leur caractère de patronage. Ce sont les mines, comme Anzin, Lens, Blanzy, et les grandes usines comme Saint-Gobain, le Creusot, qui construisirent les premiers logements ouvriers. À Guise, Godin érige son fameux familistère. D’autres industriels, voulant prémunir leurs ouvriers contre les risques de l’existence ou de la vieillesse, organisèrent des infirmeries, des hôpitaux et des hospices; d’autres favorisèrent la formation de sociétés de secours
(1) Cf. M. Branqur, Des classes ouvrières en France pendant l’année