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L'ESPRIT SOCIAL DANS L’INDUSTRIE AUX ÉTATS-UNIS

M. Cheysson fut un des premiers à vulgariser les conceptions américaines sur la question sociale. Il traduisit, étudia, compulsa de nombreux documents où les théoriciens du Nouveau Monde proposaient des solutions à cet important problème.

En Amérique, plus qu'ailleurs, les chefs d’industrie se sont aperçus que diriger une usine c’est avant tout diriger des ouvriers, c’est-à-dire des êtres humains. Ils ont compris l’erreur de s’attacher uniquement aux problèmes techniques tant mécaniques ou administratifs que financiers, et de négliger l’aptitude au commandement ou l’art de gouverner les hommes.

M. Cestre a appelé cette conception « l’humanisation de l’industrie ».

En Amérique, beaucoup d’ententes entre producteurs ont pour but, non de vendre les produits au prix maximum, mais d'étudier des principes communs, telle l’organisation scientifique de l’industrie, ou l’organisation dite démocratique. Les questions sociales sont souvent à l’ordre du jour. L'opinion publique et la presse s’y intéressent vivement. De longues rubriques y sont consacrées.

Différentes associations religieuses ont des sections qui s'occupent uniquement de l’étude et de la vulgarisation des problèmes sociaux. Ainsi le «< Federal Council of churches of Christ in America » a édité une brochure :

« What your church can do in social service and indus- . trial relations », qui met à la portée de tout lecteur les principes de l’organisation humaïne de lindustrie.

Cette association a pour but d’unifier les efforts de propagande en vue d’une réorganisation de l’industrie.

La tendance religieuse voudrait rendre plus humaine la direction des usines.

Tous veulent la moderniser, c’est-à-dire faire reconnaître au facteur humain une importance primordiale.

Toujours dans le même esprit, des auteurs comme Carter Goodrich et Mary Van Kleeck cherchent à introduire, de plus en plus, la psychologie dans les doctrines économiques. Le principe du travail à bon marché a été combattu par eux et ils ont réussi à convaincre la majorité des industriels. Aujourd’hui, les chefs d’industrie en Amérique ne considèrent pas leur devoir terminé quand ils ont payé largement leurs ouvriers.

Un des pionniers américains, M. Williams, fut un des premiers à adopter un système nouveau de rémunération du travail : le «square deal» (la part carrée). Maïs, en même temps, il introduisait dans son usine des améliorations en faveur de l’ouvrier qui lui donnèrent pleine satisfaction. Il voulut faire profiter ses confrères de son expérience et, en excellent Américain, il se mit à faire de la propagande.

M. Williams trouva en M. Redfield, l’un de ses collaborateurs, un adepte enthousiaste. Ce dernier, attaché au service commercial, voyagea en France et en Angleterre.

Des observations qu’il put ainsi faire, il conclut que les salaires élevés n'étaient pas des salaires chers et que les bas salaires d'Europe étaient dispendieux et sans utilité. «La production d’un ouvrier qui travaille pour une somme qui peut à peine le nourrir, l’habiller ou lui donner un logement est la plus coûteuse dans le monde du travail.» Il estimait d’autre part que: « Faire travailler des ouvriers dans ces conditions, c’est-à-dire sans avoir la certitude qu’en augmentant leur effort, ils augmenteraient leur paye dans les mêmes proportions, et sans avoir le sentiment que ceux qui étaient au-dessus d'eux s'intéressent à leur sort, était excessivement onéreux pour le patron. »

A l'heure actuelle les opinions de M. Williams et Redfield ont pénétré la masse des industriels. Voici ce qu’en pensait, en 1927, M. Siegfried :

« L’expérience, une expérience toute récente, leur a,

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