L'ESPRIT SOCIAL AUX ÉTATS-UNIS
par ailleurs appris qu’un travailleur bien rétribué devient très vite un précieux consommateur, qui restitue ses salaires en clientèle. A ce degré, la prospérité, conséquence logique des hauts salaires, travaille elle-même à les faire monter encore, car louvrier enrichi travaille moins, tend à disparaître de certains étages du marché de la main-d'œuvre, augmentant par là les chances et les possibilités de ceux qui y demeurent candidats aux emplois.
« Pareille situation ne deviendrait malsaine que si Paccroissement du salaire ne répondait plus à un accroissement du rendement, Il y a là une moralité dont le vieux continent devrait faire son profit ! »
Une des premières campagnes de M. Williams fut en faveur de la lutte contre les accidents du travail. Bientôt naquit le « National safety council >, association fondée entre les patrons de différentes industries, ayant pour but de réunir toutes les inventions destinées à diminuer le nombre des accidents. Cette lutte contre les accidents a reçu le nom de « Safety first movement >.
D’autres institutions dressent des statistiques qui permettent de classer les causes des accidents et de localiser la lutte.
On a constaté ainsi qu’un tiers des accidents provenait de l’absence des appareils protecteurs et que les autres deux tiers étaient le fait de la négligence ou de l’ignorance des ouvriers.
La prohibition fut combattue par des politiques qui voulaient la fermeture des « saloons >», mais aussi par les milieux industriels, qui prétendaient que la majorité des accidents avait pour cause lalcoolisme. Les industriels réclamèrent tout simplement la suppression de lalcool. Certaines associations patronales éditaient des bulletins qui avaient un but nettement anti-alcoolique.
C’est encore sous l’influence d’une nouvelle campagne que les industriels s’occupèrent de la santé de leurs ouvriers. Un des champions fut, cette fois, le « Life extension Institute >», organisme philanthropique indépendant,
(1) Srecrriep, Les Etats-Unis d'aujourd'hui. Paris, 1922.
qui avait pour but la vulgarisation des notions d'hygiène. Il apporta une aide précieuse aux chefs d'industrie, en leur proposant d’organiser chez eux des services médicaux.
Ces campagnes nombreuses et actives finirent même par influencer les adeptes du système Taylor. En effet, M. Percy Brown, président de la Taylor Society, admet que : «le facteur humain dans une entreprise est aussi essentiel que le facteur technique. Toute méthode de direction digne de ce nom doit en reconnaître l’importance, et le traiter non pas au point de vue sentimental, mais avec un esprit scientifique et suivant des données expérimentales (1) ».
Tout le monde admet maintenant, en Amérique, que l’on ne peut diriger une usine si l’on ne sait diriger les ouvriers, et certains vont jusqu’à demander pour les futurs chefs un apprentissage dans l’art de commander les hommes.
La direction d’une usine moderne fait une large place au service social, alors qu’en Europe le chef du service social ne fait jamais partie de la direction de l’entreprise.
Les campagnes de presse, faites par les pionniers et les nouveaux convertis, ne furent pas l’unique facteur de cette profonde transformation. D’impérieuses raisons du moment militaient en faveur des idées nouvelles.
(1) Extrait : Le Mouvement ouvrier américain et l'Organisation scientifique du travail, P. Devinat, Genève, 1926,