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LES RAISONS DU NOUVEL ÉTAT D’ESPRIT

Jadis les ouvriers américains isolés souffraient de conditions de travail semblables à celles de leurs camarades d'Europe. Ils se groupèrent en syndicats ou unions. Ce que la législation sociale s’obstinait à leur refuser, ils le réclamèrent en déclenchant des grèves sanglantes qui émurent profondément l'opinion.

L’ouvrier voulait sa part de l'accroissement des richesses. Or, le développement de la production s’accompagnait d’un décroissement de bien-être.

Le patronat américain eut la sagesse de comprendre qu’il fallait, non pas résister à la poussée ouvrière en tentant de gagner quelques années, mais, au contraire, prendre la tête du mouvement revendicateur.

C'est donc une intelligente compréhension de leurs intérêts, en somme un motif utilitaire qui a poussé le patronat américain à précipiter le progrès social.

Certains industriels organisèrent des œuvres sociales avec un esprit de charité, un esprit protecteur. Elles devinrent vite insupportables aux ouvriers. D’autant plus que dans certains cas, ces œuvres servaient à attirer l’ouvrier qui n’avait ensuite que des salaires insuffisants. M. Cestre, dans son livre « Production industrielle et justice sociale aux Etats-Unis » cite par exemple le Trust de l'acier, où les salaires étaient excessivement bas et les conditions déplorables. Mais ces conditions n’affectaient que des ouvriers européens et la Compagnie avait l’art de faire une grande publicité autour de ses œuvres de travail qui ne profitaient qu’à une petite minorité d'ouvriers spécialisés, et tous Américains.

Cet état d'esprit protecteur a disparu et seules les œuvres où on ne sentait pas la présence de la direction

connurent le succès auprès des ouvriers. Les œuvres d’assistance devaient être soutenues par le patron, mais non dirigées par lui. Ainsi les chefs d’entreprise obtinrent une certaine influence sur l’esprit des ouvriers.

Atteindre les facteurs psychiques fut la trouvaille des patrons américains. Pour arriver à ce but, ils s’efforcèrent d'ouvrir un champ aussi vaste que possible à l’intelligence, aux sentiments, à la volonté des ouvriers.

Ils purent ainsi enrayer un mal propre jusqu’à présent à l’industrie américaine, le «labor turnover ».

Le «labor turnover », expression difficile à rendre en français, exprime ce fait que l’ouvrier éprouve parfois le besoïn de quitter son usine et d'offrir ses services à un autre patron. Cette instabilité ouvrière est une perte pour l’industrie : obligation d’éduquer d’autres ouvriers, production réduite pendant un certain temps, travail gâché, accidents, difficultés à forger un esprit d’équipe.

Voyons rapidement quelles sont les œuvres sociales réalisées par les industriels américains à la suite du mouvement social dont nous venons de parler.

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