PREMIÈRE PARTIE
La première question que nous ayons à nous poser concerne le choix du métier sur lequel porteront nos investigations.
Le point de départ de la grande industrie moderne est, on le sait, V exploitation de la houille. Le bassin houiller de la Ruhr s'étend parallèlement au cours de cette rivière depuis Duisbourg jusqu'audelà de Dortmund, en passant par Essen et Bochum. On pourrait choisir le type du mineur, car il représente un élément considérable*, comprenant, en 1911, un total de 341716 ouvriers^. Nous ne le prendrons pas cependant pour base de notre étude, parce que la comparaison avec les types similaires de l'étranger est assez délicate ; ou, plus exactement peut-être, Tinfluence delà nature est trop grande, notamment la disposition du gisement, par rapport aux moyens de transport, la profondeur des couches, leur
1 On en jugera par ce fait que le Bassin de la Ruhr fournit à lui seul plus de la moitié de la houille produite en Allemagne, si on ne compte pas la lignite. En 1911 : 91329140 de tonnes sur I607!i70(^ {Staiistisches Jahrbuch fur das deutsche Reich, p. 80, et aussi Circulaire 4831 du Comité central des houillères de France). — Quant à la production de la lignite, elle était de 737740(}0 tonnes.
2. En tout, il y avait alors 628307 mineurs en Allemagne, saas compter les 73667 ouvriers des mines de lignites (Id.).
épaisseur et leur richesse, sans compter la qualité du charbon. La comparaison est plus facile dans les industries de fabrication, et comme celles-ci sont très développées également dans la région qui nous occupe, il sera préférable de choisir parmi elles l'échantillon que nous cherchons.
Les charbons de la Ruhr sont particulièrement propres à la fabrication du coke. Aussi la production de ce combustible y est considérable, atteignant 18118305 tonnes en 1911, alors que la production totale de l'Allemagne ne s'élevait qu'à 27013 300 tonnes*.
De là le grand développement de la métallurgie, grande consommatrice de coke, ainsi qu'on sait. La plus grande partie du minerai doit être importée des pays voisins, du Siegerland et même du Luxembourg et de la Lorraine. Les industriels de la Ruhr sont, pourrait-on dire, affamés de minerais, ce qui les pousse à essayer de s'immiscer un peu partout où il y a des gisements disponibles, en Normandie ou au Maroc. Quoi qu'il en soit, le bassin rhénan-westphalien produisait plus de 8000000 de tonnes de fonte, en 1913, sur les 19291 920 que l'Allemagne entière fournissait^.
Bien entendu, une partie de la fonte, et surtout de l'acier produit, est transformé sur place en produits ouvrés : machines, matériel de chemins de fer, de guerre, d'outillage.
Au type du métallurgiste, moins dépendant des conditions physiques du Lieu^ que le mineur, je préférai, toutefois, celui des textiles, qui l'est encore moins et qui présente une importance suffisamment grande, sinon dans la Ruhr elle-même, mais dans les pays voisins. Il
i. Statistisches Jahrbuch fur das deutsche Reich, 1913, p. 96. 3. Bulletin n» 3241 du Comité des Forges de France. 3. Voir Appendice II le sens de ce terme.
me donnait, en outre, l'avantage de la comparaison facile avec des types connus, ce qui n'est pas à dédaigner lorsqu'il s'agit d'un pays où les enquêtes ne sont pas aisées.
A la vérité, il n'en a rien été, et je n'ai pas trouvé un échantillon comparable au point de vue du travail, ni avec les ouvriers du Yorkshire, ni avec ceux de la Flandre française. A mon grand étonnement, je me suis vu glisser dans le domaine delà chimie , par l'intermédiaire de la teinturerie et de la fabrication des colorants. Quoique le métier sur lequel j'avais porté mon choix — celui de la rubanerie — dépende étroitement des fabrications chimiques, il présente des caractères trop différents pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en faire une analyse séparée. Nous étudierons donc d'abord la rubanerie proprement dite, ensuite l'industrie chimique.
l. — La rnbanerie à Barmen,
Les centres textiles de la région rhénane-westphalienne. — L'industrie textile a pour elle son ancienneté ; elle n'est pas nouvellement implantée dans le pays comme l'exploitation des mines de houille. D'après Le Play, en 1854, les charbonnages de la Ruhr ne produisaient encore que 2 000000 de tonnes*, soit trente fois moins qu'au début de ce siècle.
II est vrai pourtant que quelques-unes des villes de cette région sont anciennes; mais, pour comprendre leur raison d'être, il est nécessaire de donner quelques indications géographiques, ce qui, en même temps, aura pour résultat de situer, aux yeux du lecteur, les villes dont il sera parlé.
Nous sommes à la limite entre la haute et la basse Allemagne. Cette limite coïncide à peu près avec celle des deux grandes assises géologiques qui se partagent le sol de la région : les terrains primaires qui couvrent les Ardennes, l'Eifel, l'Hunsrùck, le Taunus, le Westerwald et le Sauerland ; les terrains quaternaires qui