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Ouvriers européens, t. III, eh. iv, § 21, p. SOO

s'étalent dans la plaine. La limite géologique dontnous parlons, part des environs d'Aix-la-Chapelle, traverse le Rhin à Bonn, puis se dirige vers le nord, à peu près parallèlement au cours du fleuve, en laissant sur la rive droite de celui-ci une zone fertile d'une dizaine de kilomètres environ. A peu de distance de la ville de Wesel, la ligne fait un coude assez brusque et suit à peu près le cours de la Lippe.

Au nord de cette dernière rivière s'étend le Miinsterland, pays dont le sol, généralement argileux et compact, est peu favorable aux communications.

Au sud de la Ruhr, le plateau ondulé et boisé du Sauerland est également peu propice aux transports, comme du reste la plus grande partie de la haute Allemagne.

Entre la Lippe et la Ruhr s'étend le plateau du Hellweg, plus fertile et plus commode à traverser: plus fertile à cause du limon qui recouvre le sous-sol en maints endroits ; plus commode à traverser, par suite de l'absence de marécages aussi bien que de rochers ; c'est un pays ondulé sans doute, mais formé par les derniers contreforts du massif montagneux.

Aussi, de tout temps, le Hellweg a-t-il été le lieu de passage, la voie commerciale reliant le Rhin au Wéser*, et les lieux d'étape s'échelonnaient le long de la route : Paderborn où Charlemagne tint son premier Champ de mai chez les Saxons ; — Soest, qui fut une des villes importantes de la Hanse, et qui compta, dit-on, jusqu'à 50000 habitants au xv** siècle ; — Unna; — Dortmund, qui fit aussi partie de la Hanse, et dont le droit

i. Voir Elisée Reclus, Géographie, t. III, pp. 620 et 741. -— Hellweg signifie du reste Chemin clair. C'est l'opposé de chemin creux. La route suit, en effet, les hauteurs qui séparent les vallées de la Lippe et de la Ruhr.

i4 LES INFLUENCES MATÉRIELLES

coutumier, rivalisant avec celui de Soest, servit de modèle à de nombreuses villes du nord de l'Allemagne ; — Wesel, au confluent de la Lippe et du Rhin, base d'appui des armées de Charlemagne dans les guerres contre les Saxons; — Xanten, enfin, de l'autre côté du fleuve, où campaient les légions romaines surveillant la basse Germanie, et où, selon la légende, naquit Siegfried, le fils du roi du Niederland, c'est-à-dire de la plaine.

Pour ceux que la question intéresserait, ajoutons que, dans l'autre sens, de Paderborn on traversait le Teutoburger Wald pour aboutir à Detmold, centre de réunion des Chérusques, et où Arminius détruisit les fameuses légions de Varus; — de là, il n'y avait plus qu'à descendre une vallée pour aboutir au Wéser, que Ton traverse à Minden, la « Porte de Westphalie » : c'est là que le Weser débouche des montagnes et c'est dans le voisinage que se trouvait Idistavise, où Germanicus vainquit Arminius.

Henri de Tourville, avec sa perspicacité ordinaire, avait aperçu l'importance de cette route qu'il a indiquée dans son Histoire de la formation particularisiez .

Quoi qu'il en soit, on comprend comment, dès le Moyen âge, des cités s'échelonnaient le long de cette voie, et notamment dans le Hellweg. Les Hanséates y eurent longtemps des comptoirs, autour desquels on peut supposer que s'établirent quelques artisans.

Parmi les fabrications qui virent le jour à cette époque devait se trouver ï industrie de la toile. En eff'et, la Plaine saxonne est généralement humide, au moins dans sa partie occidentale, et, à certains endroits, le sol est limoneux et fertile, par exemple dans les vallées ;

i. Science sociale, t, XXXI, p. 1Ô8.

on peut donc y cultiver le lin ou le chanvre. Toutefois, ce n'est pas dans ces parties riches de la plaine que l'industrie devait se développer, pour des raisons de main-d'œuvre, mais dans les parties pauvres et sablonneuses, ou bien dans les parties montagneuses environnantes. Là, en effet, la culture fragmentaire est plus répandue, par suite des difficultés plus grandes que rencontre la fondation d'un petit domaine agricole se suffisant à lui-même. La fabrique collective rurale trouve là son habitat naturel.

Dès le xm* siècle, Bielefeld, qui est située au débouché d'une ouverture du Teutoburger Wald, fabriquait déjà de la toile et des fils de chanvre. Mais, à cette époque, la concurrence flamande, alors toute-puissante, empêchait l'essor de cette branche de la production.

Au XVI'' siècle, des Flamands, fuyant la domination espagnole, vinrent s'établir à Bielefeld, qui, dès lors, vit sa prospérité s'accroître rapidement *. Aujourd'hui cette ville est toujours un centre important, non seulement pour la fabrication, mais aussi pour le commerce des toiles, car l'industrie a gagné les environs: Herford, etc. Il est inutile d'ajouter que la fabrique collective est actuellement en voie de disparition devant le grand atelier mécanique.

Plus loin, toujours aux confins de la plaine et de la montagne, se trouvent les deux villes jumelles de Barmen et d'Ëlberfeld dont nous parlerons amplement par la suite.

Plus loin encore, près de l'endroit où le Rhin débouche des montagnes pittoresques qu'il vient de traverser, est située Godesberg, près de Bonn, bien connue, en Science sociale, par la monographie d'un tisserand^.

i. Elisée Reclus, loe. cit., p. 742.

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