A. François-Poncet, loc, cit., p. 9J
mais aussi contre le despotisme, ce qui amena leur dissolution en 1819. Une pareille mesure les frapperait encore si les circonstances Texigeaient.
En entrant dans une association, l'étudiant a juré fidélité à l'Empire, et si, plus tard, il ne donnait pas la signification qu'il convient à ce serment, il ne faut pas oublier qu'il y a de bons duellistes parmi ses anciens camarades, et que la querelle d'Allemand n'est pas un vain mot.
Quel contraste entre ce manque de préparation à la vie politique et la formation que les étudiants anglosaxons reçoivent dans les debating socieiies, où la libre discussion est en honneur! Comment le parlementarisme pourrait-il exister sainement dans le pays que nous décrivons?
Les hautes écoles spéciales. — Les jeunes gens de la haute bourgeoisie ont à leur disposition un certain nombre d'écoles polytechniques et d'universités commerciales.
Les premières écoles polytechniques, ou technische Hochschuleriy ont été créées vers le milieu du siècle dernier, et Ton n'y a accès qu'après des étude secondaires complètes, sans compter une année de travail dans une usine en qualité d'ouvrier salarié. Contrairement à une opinion accréditée, ce temps de travail manuel n'est pas toujours effectué d'une manière sérieuse, certains industriels ayant des complaisances faciles à cet égard. La formation pratique des ingénieurs n'est pas beaucoup supérieure à celle des nôtres, pas plus du reste que leur formation théorique, et ce n'est pas là qu'il faut chercher le secret de l'expansion économique de l'Allemagne actuelle. Le cycle des études comprend deux années d'études scientifiques générales, et deux ou trois années d'études appliquées. Les laboratoires sont ordi-
nairement bien outillés. La seule supériorité de l'Allemagne sur la France consiste dans le nombre des écoles, mais c'est là un effet bien plus qu'une cause du développement industriel.
Les universités commerciales ou hautes écoles de commerce (Hoch Hanclelsschulen)ne datent guère que d'une quinzaine d'années. Les études durent deux ans et viennent à la suite des études secondaires complètes ou des hôhere Handelsschulen. Les universités commerciales répondent aux désirs de l'empereur de relever les professions usuelles. Elles sont surtout fréquentées par les fils des banquiers et des grands commerçants. On y étudie en effet les opérations de banque et de change, les questions relatives aux transports, la géographie économique, la législation commerciale comparée, etc. Il est inutile de dire que ces écoles organisent des voyages et des excursions.
Enfin, signalons les hautes écoles d'agriculture, dont la plus renommée a été établie en 1843 par l'Université de Halle. D'autres encore sont annexées aux Universités de Gôttingen et de Berlin.
Le mouvement féministe. — C'est le développement des transports et du machinisme qui a produit ici le mouvement féministe comme en Angleterre. Il s'est donc développé plus tard. De plus le milieu était moins favorable, par suite de la situation subordonnée de la femme dans la famille. Quoi qu'il en soit, les femmes ont voulu avoir accès aux universités, et le mouvement a été plus précoce dans le Sud que dans le Nord.
Dès 1856, une association est fondée afin de donner des bourses aux étudiantes désireuses de suivre les cours des universités suisses, dont les diplômes, on le sait, sont reconnus dans toute l'Allemagne au même
titre que ceux des universités allemandes. Peu à peu, certaines de ces dernières ont admis quelques étudiantes à titre de privilège particulier.
Le plus grand obstacle était l'absence de tout enseignement secondaire organisé, mais en 1893, le grandduché de Bade autorisa la fondation d'un Gymnasium privé pour jeunes filles à Karlsruhe. La même année, le gouvernement prussien autorisait M"^ Lange à fonder un cours de préparation au baccalauréat; en 1899, il permitmême l'établissement d'un Gymnasium à Hanovre, mais en même temps, il interdisait l'accès de tout cours secondaire aux jeunes filles n'ayant pas le certificat de sortie des écoles primaires. Il en résulta que les Gymnasien de filles ne peuvent comprendre que les quatre dernières années d'études. L'enseignement secondaire manque donc de base. Ce n'est qu'à quinze ans qu'une jeune fille décide si elle ira ou non à l'Université.
Graduellement, les femmes ont été admises à suivre certains cours, d'abord en Suisse, puis dans le grandduché de Bade, enfin à Berlin, etc. A quoi bon, puisqu'il faut un examen d'État pour pouvoir exercer. Aussi le journalisme et la littérature ont-ils été longtemps les seules carrières ouvertes aux femmes. Mais les rigueurs de l'État s'atténuent peu à peu et depuis quelques années, il leur a reconnu le droit d'exercer la médecine.
Toutefois le grand champ de bataille est encore l'enseignement. La loi générale est que toute école — même de filles — doit être dirigée par un homme; quelques exceptions seulement sont faites à titre de privilège. Au fur et à mesure que le nombre des femmes célibataires augmentera dans les classes moyennes, il faudra bien leur permettre l'accès de certaines situations. N'est-il pas permis de penser qu'elles sont à leur place lorsqu'elles dirigent une école d'enfants de leur sexe ?
Les revendications suffragistes ont au contraire peu de chance d'aboutir. Elles nont les sympathies d'aucun homme politique influent, et le seul parti qui leur soit favorable, celui de V Union démocratique fondé en 1908, n'a obtenu que 30000 voix aux élections de 1912, et n'a pas réussi à faire passer un seul de ses candidats. Ce parti ne compte guère que des intellectuels juifs.